Le doublage du film Soul crée des remous en Europe, le personnage principal — un musicien jazz afro-américain — ayant été doublé par des comédiens blancs au Portugal et au Danemark.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

L’affaire fait des vagues notamment en raison du fait que Soul (Âme dans la version traduite au Québec) est le premier long métrage de Pixar dont le personnage principal est un Afro-Américain. Doublé par Jamie Foxx dans sa version originale, par Fayolle Jean fils dans la version québécoise et par Omar Sy dans sa version française, la voix du personnage de Joe Gardner est interprétée par Jorge Mourato au Portugal et Nikolaj Lie Kaas au Danemark.

Au Portugal, une pétition signée par plus de 17 500 personnes depuis la sortie du film à la fin décembre réclame un nouveau doublage réalisé avec la participation de gens de couleur. Dans le libellé de la pétition, signée par plusieurs personnalités du pays, on en appelle « au respect de l’intention initiale » de Soul, « premier film d’animation avec un protagoniste noir, joué par des voix noires. Les mots respect, représentativité et intention sont ici essentiels ».

Au Danemark, dans un article du quotidien national Berlingske publié le 31 décembre, on indique que si deux comédiens de couleurs, Melvin Kakooza et le rappeur Al Agami, sont bien présents dans la version danoise de Soul, le rôle principal est interprété par un acteur blanc. Interrogé par le quotidien, Asta Sekamane, de l’Afro Danish Collective, a qualifié ce choix d’occasion manquée : « C’est toujours la même excuse, cette idée selon laquelle nous ne pouvons pas trouver des gens qui vivent selon nos normes, a soutenu la militante. Il y a une barrière invisible qui rattache la compétence au fait d’être blanc. »

Des observations rejetées par le comédien Nikolaj Lie Kaas, qui a indiqué sur sa page Facebook qu’il « faut laisser l’homme ou la femme qui peut effectuer le travail de la meilleure façon possible obtenir le poste. »

En entrevue le week-end dernier au New York Times, la chercheuse Mira Skadegard, de l’Université d’Aalborg, dans le nord du Danemark, soutient qu’il y a encore beaucoup de travail à faire dans certains pays européens en matière de lutte contre le racisme systémique. « Au Danemark, nous avons une longue histoire de déni en matière de racisme, en même temps qu’un attachement profond en l’idéal d’égalité, a-t-elle indiqué au quotidien américain. Nous ne comprenons pas qu’il s’agit d’une critique envers nos institutions et nos structures. Nous interprétons cela comme une critique de notre identité. »