Le tout premier long métrage de fiction de Philippe Lesage, réalisé avant Les démons, sera offert gratuitement sur la plateforme du Cinéma Moderne. L’occasion est belle de découvrir ce film tourné au Danemark à l’époque où le réalisateur de Genèse sortait de sa période consacrée au documentaire. Retour sur un film méconnu.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Comment vous êtes-vous retrouvé au Danemark à une certaine époque de votre vie et quelle est l’origine de ce film ?

Je suis d’abord allé là-bas dans la foulée du Dogme [mouvement de cinéma lancé au Danemark – par Lars von Trier notamment – en 1995], pour étudier le cinéma. M’étant fait une copine danoise, j’ai voulu rester un peu plus longtemps dans ce pays que j’adore, et on m’a éventuellement offert un poste d’enseignant. J’ai fait beaucoup d’allers-retours entre Montréal et Copenhague à l’époque où je réalisais mes documentaires, car j’avais beaucoup d’amis là-bas, dont plusieurs étaient mes anciens étudiants.

De là est née l’idée de faire un film avec eux. La ligne narratrice est complètement fictive, mais elle part quand même de situations parfois réelles. Nous l’avons fait pour la pure joie du cinéma, en fait.

Est-ce à dire que les actrices et les acteurs qu’on voit dans le film sont tous d’anciens étudiants ?

Non, parce qu’il s’est quand même passé quelques années entre le moment où j’ai été prof et celui où on a tourné le film. Il y a des gens qui se sont greffés au projet peu à peu parce qu’ils étaient des amis des amis. Par exemple, Victoria Carmen Sonne est vraiment une étoile montante du cinéma européen. Tout s’est fait dans une espèce de spontanéité, dans un pur esprit de collégialité. On est très loin de la lourdeur d’un tournage traditionnel.

Cela dit, vous jouez beaucoup sur la notion d’autofiction, dans la mesure où tous les personnages portent les mêmes prénoms que ceux qui les jouent, et vous jouez vous-même un prof venu du Québec, prénommé Philippe…

Tout à fait. On mettait sur papier des situations réelles pour les emmener ensuite complètement ailleurs. Je ne suis jamais allé foutre la merde dans un couple et je ne me suis jamais battu avec un de mes étudiants ! [rires] Cela dit, il est vrai que je me suis retrouvé sans appartement pendant deux semaines à Copenhague après une rupture amoureuse, à faire du couchsurfing chez d’anciens étudiants parce que l’appartement que j’avais à Ebeltoft était à deux heures de route. C’est à la fois un peu pathétique et très rigolo. Je me suis servi de ces quelques éléments pour construire un personnage en crise. J’estimais que si je voulais dessiner les autres personnages avec des traits caricaturaux, il fallait que je fasse pareil pour le mien, en me donnant même le pire des rôles.

D’ailleurs, Copenhague – A Love Story est le seul film dans lequel vous vous êtes donné un rôle. Prenez-vous plaisir à jouer ?

Je suis aussi apparu brièvement dans Les démons, mais je n’écris pas de films en fonction de rôles que je pourrais me donner. L’idée m’avait effleuré, peut-être, de jouer le prof dans Genèse, mais quand tu te rends compte à quel point un grand acteur comme Paul Ahmarani peut en faire quelque chose d’extraordinaire, tu chasses vite cette pensée. À part une production complètement indépendante tournée avec les moyens du bord – ce que j’ai le goût de faire aussi –, je ne me vois pas tenir un rôle important dans un film d’envergure comme celui que j’espère tourner bientôt.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Philippe Lesage en 2013, l’année où il a commencé à tourner Copenhague – A Love Story

Copenhague – A Love Story a été tourné en 2013 et en 2014, mais il a été présenté aux Rendez-vous Québec Cinéma en 2016 seulement. Comment expliquer un aussi long délai ?

Ce film a été produit avec de très modestes moyens et il a fallu du temps pour le terminer, surtout quand je me suis aperçu que, m’étant un peu laissé emporter par mes choix musicaux, les droits d’utilisation étaient chers. Le temps que ça se règle, j’étais déjà en préproduction pour Les démons, qui avait obtenu du financement des institutions.

Six ans plus tard, quel regard posez-vous sur Copenhague – A Love Story ?

Il est difficile de répondre à cette question, mais j’aime la fraîcheur qui s’en dégage, le côté sans prétention. Il y a aussi cet humour caustique, que j’aimerais explorer davantage. Je suis heureux de ce qu’il est, en fait : un film de transition entre mes documentaires et mes fictions. Copenhague – A Love Story m’a permis d’avoir moins peur de me lancer dans la fiction et de travailler avec de plus grosses équipes. Il y a aussi pour moi un aspect un peu nostalgique et sentimental puisque ce film a été fait avec des gens que j’aime. Je trouve triste que nous ayons un peu manqué le bateau lors de sa sortie, pour toutes sortes de raison, et qu’il ait été si peu vu.

Que pouvez-vous nous dire de votre prochain projet ?

Il s’agit d’un film que nous souhaitons faire en coproduction, intitulé Un grand homme. C’est l’histoire d’un jeune homme qui a l’occasion de rencontrer un cinéaste légendaire d’une soixantaine d’années, mais cet homme, qui est son idole, refuse complètement l’idée de jouer le mentor. Comme dans plusieurs de mes films, ça parle beaucoup de masculinité toxique. La distribution n’est pas encore confirmée, mais on espère pouvoir le tourner l’an prochain.

Copenhague – A Love Story est offert gratuitement sur la plateforme du Cinéma Moderne.