Pendant la pandémie, notre journaliste vous propose chaque semaine trois films de répertoire à (re)découvrir.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Pour la suite du monde (1962), de Pierre Perrault et de Michel Brault

À tout seigneur, tout honneur, commençons par ce chef-d’œuvre, fondamental dans notre cinématographie nationale, et initiateur d’une forme appelée « cinéma direct ». En 1962, Pierre Perrault et Michel Brault ont demandé aux habitants de L’Isle-aux-Coudres de se remettre à la pêche au marsouin blanc (béluga), selon une tradition alors déjà disparue depuis près de 40 ans. Ce retour aux sources — qui donne à voir des images sublimes — sert surtout de prétexte pour mettre en valeur la parole — souvent poétique — de personnages plus vrais que nature, dont le célèbre Alexis Tremblay. Pour la suite du monde, tout premier film québécois sélectionné dans la compétition officielle du Festival de Cannes, est le premier volet de la trilogie de L’Isle-aux-Coudres, laquelle comprend aussi Le règne du jour (1967) et Les voitures d’eau (1968). À la mort de Pierre Perrault, en 1999, l’écrivain et cinéaste Jacques Godbout a déclaré ceci à notre regretté collègue Luc Perreault : « On assiste dans la trilogie de L’Isle-aux-Coudres à la naissance du Québec. Ces personnages sont pour nous ce que sont Astérix et les Gaulois aux Français. Les peuples qui se créent une nation se cherchent habituellement dans la poésie. Perrault, tout en étant aussi un poète, a créé un mythe avec sa trilogie. Le Québec est un des rares pays au monde qui sont allés chercher leurs mythes fondateurs dans le cinéma. »

À voir sur les plateformes onf.ca (gratuitement), Illico et YouTube, de même qu’en DVD.

> Regardez Pour la suite du monde sur le site de l’ONF

Cinéma d’ailleurs : La vie des autres (2006), de Florian Henckel von Donnersmarck

Lauréat de l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2007, le premier long métrage de Florian Henckel von Donnersmarck nous ramène à Berlin-Est, cinq ans avant la chute du mur, alors que le régime de ce qu’on appelait à l’époque la République démocratique d’Allemagne semblait encore immuable aux yeux de ses citoyens. Le récit de Das Leben der Anderen (aussi connu sous le titre The Lives of Others en anglais) est construit autour de trois personnages : un dramaturge très prisé du régime, aussi connu à l’ouest ; un officier de la Stasi (la police secrète est-allemande), qui reçoit le mandat de surveiller les moindres faits et gestes de l’homme de théâtre ; et une actrice, fiancée de l’auteur. Le cinéaste, qui s’est refait récemment une santé artistique grâce à Never Look Away (après le fiasco que fut The Tourist), brosse un portrait fascinant, qui convainc évidemment par sa grande rigueur sur le plan politique, mais aussi, surtout, par son extrême délicatesse sur le plan psychologique. La vie des autres aurait été un simple thriller politique sur fond de guerre froide qu’il susciterait déjà l’intérêt. Or, Florian Henckel von Donnersmack nous offre beaucoup plus que cela : un grand film s’inscrivant d’office parmi ces œuvres majeures révélant au monde un chapitre plus méconnu de l’histoire.

À la télé : vendredi 20 mars, 21h, à TFO.

À voir sur les plateformes iTunes, Google Play et YouTube, de même qu’en Blu-ray/DVD.

Hollywood : Singin’ in the Rain (1952), de Stanley Donen et de Gene Kelly

Près de 70 ans après sa sortie, Singin’ in the Rain demeure l’un des meilleurs films issus de l’âge d’or de la comédie musicale. En cette époque anxiogène, voir Gene Kelly se lancer dans sa célèbre chorégraphie sous la pluie, au son d’une nouvelle interprétation d’une chanson créée 23 ans plus tôt dans le film The Hollywood Revue, met du baume à l’âme. Coréalisé par Stanley Donen et Gene Kelly, dont la collaboration fut étroite au cours des années 40, Singin’ in the Rain s’est inscrit dans l’histoire du cinéma grâce, notamment, à la façon avec laquelle on joue ici avec les notions d’artifices et de vérité. Campé dans le milieu du cinéma des années 20, le récit aborde l’arrivée du cinéma parlant — la sortie de The Jazz Singer fait tout basculer — alors qu’il appert que la partenaire de Don Lockwood (Gene Kelly), vedette du cinéma muet, possède une voix extrêmement désagréable, inutilisable dans la nouvelle réalité du cinéma parlant. Entre alors en scène une danseuse à la belle voix, Kathy Selden (Debbie Reynolds), embauchée pour doubler vocalement Lina Lamont (Jean Hagen). Donald O’Connor incarne pour sa part le fidèle partenaire de Don, dont l’amitié remonte à leurs jours de vaudeville. Que vous soyez un adepte de la comédie musicale ou pas, ce classique du cinéma hollywoodien, considéré comme le meilleur film de comédie musicale de l’histoire par l’American Film Institute, se révèle irrésistible. Et devrait vous accrocher un sourire aux lèvres.

À voir sur les plateformes iTunes, YouTube et Google Play, de même qu’en Blu-ray/DVD.