(Berlin) La Berlinale a remis à Helen Mirren un Ours d’or d’honneur pour l’ensemble de sa carrière et l’actrice a évoqué quelques souvenirs devant les journalistes. Par ailleurs, cinq courts métrages québécois présentés à la Berlinale sont en lice pour des récompenses.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Quand elle est entrée dans la salle de conférence, élégamment vêtue d’un tailleur noir, Helen Mirren a spontanément demandé aux journalistes, avec un humour pince-sans-rire, de lui réserver une ovation. C’est ce qu’ils ont fait sur-le-champ, sans se faire prier. La légendaire actrice, faite dame commandeur de l’ordre de l’Empire britannique par Élisabeth II avant même qu’il soit question qu’elle interprète la souveraine à l’écran un jour, se réjouit de l’honneur que lui fait la Berlinale. Flanquée de Carlo Chatrian, nouveau codirecteur artistique du festival, elle a dit combien ce laurier était cher à son cœur.

« Le festival de Berlin est avant tout un festival destiné aux cinéphiles, a-t-elle déclaré. On trouve ici un public de connaisseurs, qui aime passionnément le cinéma. J’en ai eu la preuve dès ma première expérience à la Berlinale, en 1985, alors que j’étais venue ici pour la présentation – c’était en ouverture, je crois – d’un film ayant pour titre 2010. Le réalisateur, Peter Hyams, est un homme tout à fait charmant, mais disons quand même que l’idée de faire une suite à un chef-d’œuvre comme 2001 : l’Odyssée de l’espace n’était peut-être pas la meilleure. Venant du théâtre, je suis à même de sentir tout de suite l’humeur d’une salle et de faire la différence entre un accueil poli et un véritable enthousiasme. L’accueil fut poli ce soir-là ! »

Quelques films marquants

PHOTO FABRIZIO BENSCH, REUTERS

Helen Mirren sur le tapis rouge
 avant de recevoir son Ours d’or d’honneur

Interrogée à propos de quelques films marquants de sa carrière, l’actrice a dit estimer que les temps ont bien changé depuis l’époque où la sortie de Caligula (de Tinto Brass) a fait scandale. « Aujourd’hui, on n’en ferait vraiment plus de cas, alors qu’on regarde Game of Thrones à la télé ! a-t-elle fait remarquer. Tinto a proposé une vision chaotique et anarchique de la Rome antique. J’ai adoré ça ! »

Son rôle dans The Queen (de Stephen Frears), qui lui a valu l’Oscar de la meilleure actrice, lui colle à la peau. Helen Mirren affirme ne pas être monarchiste pour deux sous, mais elle en est quand même venue à admirer celle dont elle devait rendre la complexité à l’écran.

« Je viens d’une famille modeste et mes valeurs sont républicaines. Quand on m’a confié ce rôle, j’ai commencé à faire des recherches sur Élisabeth II. Mon respect envers elle est venu progressivement. Sa dévotion est totale. Et pourtant, tout comme Élisabeth 1re – que j’ai interprétée aussi –, elle ne souhaitait pas devenir reine un jour. Or, elle s’est quand même imposé une discipline d’enfer toute sa vie pour être à la hauteur de la fonction. »

Commencer par la fin…

Elle porte par ailleurs une affection particulière à Love Ranch, un film réalisé par Taylor Hackford (son mari) en 2010, dans lequel elle donnait la réplique à Joe Pesci. Quant à la façon de choisir ses rôles, Helen Mirren a confié qu’elle commençait toujours la lecture d’un scénario par la dernière page, histoire de vérifier si le personnage qu’on lui offre y est encore. « S’il n’y est pas, je recule jusqu’au moment où il apparaît pour la dernière fois dans l’histoire. Et si c’est trop loin en avant, je me dis que ça ne vaut probablement pas la peine de commencer ! »

Cinq courts métrages québécois en lice pour des prix

PHOTO FOURNIE PAR LES FILMS DU 3 MARS

Hamik Loudyi dans Écume, d’Omar Elhamy

Deux courts métrages québécois font partie des 23 productions internationales retenues pour concourir dans la section Berlinale Shorts, dans laquelle est aussi attribué un Ours d’or. Le premier candidat québécois est Écume, d’Omar Elhamy. Présenté ici en primeur mondiale, ce court métrage de 28 minutes relate avec éloquence comment une situation en apparence stable peut rapidement se fragiliser. Le cinéaste québécois d’origine égyptienne relate dans son film l’histoire de quelques hommes issus de l’immigration qui travaillent dans un lave-auto depuis plusieurs années. Quand on leur annonce la fermeture de l’entreprise pour cause de rachat d’un terrain en vue de la construction de nouveaux condos, ces travailleurs, atteints dans leur dignité, décident d’aller rencontrer leur employeur, qui n’a pas daigné leur annoncer la nouvelle lui-même. Mettant en vedette Hamik Loudyi, Abdelghafour Elaaziz et Papedame Diongue, entre autres, Écume se distingue grâce au regard que pose le cinéaste sur une société en pleine mouvance, loin des clichés habituels.

PHOTO FOURNIE PAR H264

Amaryllis Tremblay et Gabriel Arcand dans Celle qui porte la pluie, Marianne Métivier

Aussi en lice pour l’Ours d’or du meilleur court métrage : Celle qui porte la pluie, de Marianne Métivier. Déjà présenté au Festival du nouveau cinéma de Montréal l’an dernier, aussi sélectionné aux Rendez-vous Québec Cinéma, ainsi qu’au festival Regard, le troisième film de cette ancienne étudiante de l’UQAM aborde le thème du deuil dans un univers qui vacille entre la réalité et le rêve. Amaryllis Tremblay marque de sa présence ce film aux images souvent poétiques, dans lequel la forêt sert de refuge à une jeune femme qui anticipe la mort imminente de son père (Gabriel Arcand). C’est très beau.

Bonne représentation à Generation 14plus

Les trois autres courts métrages québécois retenus à la Berlinale ont par ailleurs été sélectionnés dans la section Generation 14plus, dans laquelle sont présentés des films abordant des thèmes liés à l’enfance et à l’adolescence. Rappelons que du côté des longs métrages, La déesse des mouches à feu, d’Anaïs Barbeau-Lavalette, et Pompéi, d’Anna Falguères et John Shank, ont aussi été présentés dans cette section.

PHOTO FOURNIE PAR LA DISTRIBUTRICE DE FILMS

Scène de Clebs, de Halima Ouardiri

Clebs est un court métrage documentaire, réalisé par Halima Ouardiri, une cinéaste d’origine marocaine ayant fait ses études de cinéma à Montréal. Déjà présenté aux Rencontres internationales du documentaire, ainsi qu’au Festival international du cinéma francophone en Acadie (où le prix du meilleur court métrage canadien lui a été attribué), Clebs suit le quotidien d’un refuge pour chiens au Maroc, où s’entassent environ 750 animaux. Le parallèle avec la situation des réfugiés du Moyen-Orient est saisissant.

IMAGE FOURNIE PAR L’ONF

Image tirée du film Le mal du siècle, de Catherine Lepage

De son côté, Catherine Lepage s’est déjà distinguée aux Sommets du cinéma d’animation de Montréal en remportant le prix du public. Il est vrai que son film, Le mal du siècle, est fascinant. On y trace en cinq minutes le parcours émotionnel d’une jeune femme se décrivant d’abord sous son meilleur jour pour ensuite voir ses certitudes s’effondrer une à une. L’imagerie, à la fois simple et forte, est à l’avenant.

Enfin, toujours dans la catégorie Generation 14plus, Goodbye Golovin trace le portrait assez décapant d’un jeune homme russe (Oleksandr Rudinskiy) qui, à la mort de son père, est bien décidé à quitter la ville-dortoir où il a grandi pour aller se faire une nouvelle vie ailleurs. Avec beaucoup de dynamisme, le réalisateur Mathieu Grimard, issu du monde du vidéoclip et de la publicité, dresse le portrait d’un jeune homme prenant graduellement conscience de l’essence de sa quête. Présenté ici en primeur internationale, Goodbye Golovin a obtenu l’an dernier une mention du jury au Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue.

Éloge de la lenteur

PHOTO TOBIAS SCHWARZ, AGENCE FRANCE-PRESSE

Lee Kang-sheng, Tsai Ming-liang et Anong Houngheuangsy 

Les admirateurs de Tsai Ming-liang (Vive l’amour) retrouveront le cinéaste tel qu’en lui-même avec son nouveau film, Rizi (Days), en lice pour l’Ours d’or. Constitué de longs plans-séquences, souvent fixes, où l’action se déroule parfois même hors champ, le film fait l’éloge de la lenteur en cette époque marquée par un déficit d’attention. Cette approche radicale trouve ici son essence dans la captation de moments de vie. La première heure du film est consacrée à la vision, en parallèle, de l’existence que mènent deux hommes. Le premier (Lee Kang-sheng, acteur fétiche du cinéaste) est un homme d’une cinquantaine d’années qui tente de trouver des solutions au malaise physique qui le ronge. L’autre, plus jeune, est en train de préparer un repas. Dans la seconde partie du film, une rencontre entre les deux a lieu, à la faveur d’une longue scène de massage se transformant progressivement en rapport sexuel. On comprendra bien que les deux hommes tentent aussi d’établir un lien affectif, d’autant plus que le jeune masseur reçoit de son client en cadeau une petite boîte à musique où l’on entend le thème mélancolique de Limelight. Quand cette petite musique se fait entendre au milieu du tumulte urbain de Bangkok, on se dit que la beauté a encore droit de cité en ce monde.

Deux cinéastes québécois font leur Marché

PHOTO ANDREW LAHODYNSKYJ, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le réalisateur Philippe Lesage 

Pier-Philippe Chevigny et Philippe Lesage ont été invités par la direction de la Berlinale à venir promouvoir leur projet de film au Marché et à rencontrer des vendeurs internationaux, des distributeurs, ainsi que des financiers intéressés par la coproduction internationale. Le premier a été invité dans la section consacrée aux premiers et deuxièmes longs métrages, le second dans celle consacrée aux cinéastes établis. « En trois jours, on m’a organisé environ 35 rencontres officielles », a expliqué Philippe Lesage à La Presse. Le réalisateur de Genèse compte tourner bientôt Vie d’un grand réalisateur. « Ce genre de rencontres est très utile et je peux dire qu’au moins trois ou quatre offres intéressantes nous ont été faites. C’est drôle, car nous ne sommes même pas obligés de solliciter des rendez-vous, c’est nous qu’on sollicite ! » Même son de cloche du côté de Pier-Philippe Chevigny, qui s’apprête à réaliser Richelieu, son tout premier long métrage. « Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, a-t-il confié, mais j’ai senti de l’intérêt, d’autant qu’on nous a organisé un horaire vraiment bien rempli. Une initiative comme celle-là dans un festival aussi important, où peu de projets ont l’honneur d’être retenus, nous permet d’établir des contacts partout à travers le monde. »

Ang Lee a joué Hulk lui-même !

PHOTO PHIL MCCARTEN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Ang Lee

Dans la programmation foisonnante de la Berlinale, on trouve aussi une section intitulée On Transmission. Ce programme est constitué de rencontres publiques entre deux cinéastes, dont on présente aussi un film. Par exemple, une discussion a eu lieu entre Ang Lee et Hirokazu Kore-eda, à la faveur des présentations de Brokeback Mountain et After Life. C’est pourtant davantage une vidéo ayant fait surface récemment sur Twitter qui fait jaser. On y voit Ang Lee en 2003, au moment où il réalisait Hulk, se déchaîner et s’en donner à cœur joie devant un écran vert pour faire les mouvements destructeurs du célèbre superhéros. Autrement dit, l’acteur australien Eric Bana a bel et bien prêté ses traits à Bruce Banner à l’époque, mais Ang Lee s’est lui-même chargé de donner vie à son Hulk !