(Londres) Le réalisateur britannique Steve McQueen expose au musée londonien Tate Modern une série de films courts axés sur des expériences souvent liées à l’identité noire, invitant à une exploration sensorielle.

Florence BIEDERMANN
Agence France-Presse

Installé entre Londres et Amsterdam, McQueen, qui a été le premier réalisateur noir à gagner l’Oscar du meilleur film avec 12 Years a Slave, en 2014, milite pour la diversité, en particulier dans le monde du cinéma.

À la Tate Modern, Static, film de la statue de la Liberté à New York tourné au plus près, accueille le visiteur, scrutant sous tous les angles cette statue familière et symbolique, sur fond sonore assourdissant du bruit de l’hélicoptère de prise de vue.

« Ce qui intéresse Steve, c’est notre vision du monde, comment les humains essaient de représenter la liberté », explique Fiontan Moran, commissaire adjoint de l’exposition.

7th Nov 2001 montre le plan fixe d’un corps pendant que le cousin de Steve, Marcus, raconte en voix hors champ comment il a accidentellement tué son frère, une expérience particulièrement traumatisante.

Autre œuvre également dure, Western Deep, une installation immersive, donne à ressentir l’expérience de mineurs en Afrique du Sud, les suivant au fond de la mine avec une recherche sur la lumière et le bruit.

Ashes est un hommage à un jeune pêcheur de la Grenade, île d’origine de la famille de Steve McQueen, filmé sur son bateau, des images de beauté et de douceur tragiquement inversées sur l’autre face de l’écran de projection, qui montre la construction d’une tombe commandée par McQueen pour le jeune pêcheur, Ashes, tué par des trafiquants de drogue.

Poésie

Militant, End Credits est un hommage au chanteur afro-américain, acteur et défenseur des droits civiques Paul Robeson (1898-1976), mis sous surveillance par le FBI. Le film voit défiler pendant 5 heures des documents censurés du FBI sur cette surveillance, lu par une voix off.

« Il teste les limites de la façon dont on peut recueillir des informations sur les gens en ces temps de surveillance de masse », souligne Fiontan Moran.

Toujours dans une veine militante, l’exposition figure une unique sculpture, Weight, une première fois exposée dans la prison d’Oscar Wilde à Londres. Elle représente une moustiquaire dorée drapée sur un sommier de prison en métal, abordant le thème de l’enfermement et le pouvoir de l’imagination permettant d’en sortir.

L’exposition se déroule en même temps que celle de la série de portraits géants de classes d’écoliers de Londres, Year 3, réalisée par McQueen, dont bon nombre ont été exposés dans les rues de Londres l’an dernier.

« Je me souviens de ma première visite à la Tate quand j’étais un tout jeune écolier de 8 ans, c’est vraiment le moment où j’ai commencé à comprendre que tout était possible », a souligné McQueen à l’occasion de l’exposition, ajoutant que la Tate Modern « est l’endroit où mon parcours d’artiste a commencé ».

Il expliquait ainsi récemment au Financial Times la différence entre ses films d’art et ses longs métrages : « Les uns sont de la poésie, les autres un roman. La poésie est condensée, concise, fragmentée. Le roman est une longue histoire ».

L’exposition dure du 13 février au 11 mai.