Après avoir sillonné le Québec à la recherche d’initiatives locales visant à réduire les gaz à effet de serre, cinq diplômés de HEC Montréal suivis par une équipe de tournage présentent dès cette semaine ces projets sous forme de courts métrages documentaires dans les cégeps de la province avec le mouvement intitulé Changer de cap. L’objectif : provoquer discussions et actions, mais aussi atténuer l’écoanxiété des jeunes générations en leur présentant des solutions concrètes et teintées d’espoir, qu’ils pourraient éventuellement eux-mêmes mettre en œuvre.

Sarrazin, Sylvain Sarrazin, Sylvain
La Presse

Des ateliers de réparation collectifs, des écovillages autosuffisants, des parcelles d’agriculture urbaine… Réunies sous la coupe de six thématiques (alimentation, logement, outillage, transport, entraide, mobilisation), de nombreuses démarches novatrices ont été découvertes et décortiquées par une équipe de cinq jeunes butineurs québécois qui cherchent maintenant à polliniser les établissements collégiaux avec ces idées.

Durant les deux prochains mois, ils voltigeront ainsi d’un cégep à l’autre dans le cadre d’une tournée où seront projetées quelques-unes des sept capsules vidéo réalisées, tout en nouant un dialogue avec les élèves.

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Abrielle Sirois-Cournoyer et Stéphane Chalmeau (au centre), deux porte-parole du projet Changer de cap, pendant la réalisation de l’une des capsules vidéo. 

« On va faire des rencontres plutôt que des conférences, on ne veut pas tant donner de théorie ou d’exemples, mais plutôt provoquer une idéation collective », expose Anne Gauthier, une des porte-parole du projet, titulaire d’une maîtrise en gestion des innovations sociales à HEC Montréal. « Que pourraient-ils faire à leur échelle, à leur âge, près de chez eux, ensemble ? On peut penser à des partages de ressources ou de services entre amis, des ateliers de réparation de vélos, ce qui pourrait très bien se faire dans un cégep. »

Pour amorcer la réflexion, les élèves pourront par exemple découvrir les ateliers collectifs de compétences manuelles des Affûtés à Montréal, les efforts de développement des infrastructures pour vélo à Granby, la construction d’une maison de chanvre à Saint-Adrien ou les demeures en ballots de paille d’un écohameau de La Baie.

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Les cégépiens découvriront la construction d’une maison avec des murs en chanvre à Saint-Adrien-de Ham.

Aussi, les jeunes spectateurs pourront constater qu’ils ne sont pas cantonnés, justement, au rôle de spectateurs, les projets présentés n’étant pas forcément soutenus par des adultes.

« On a rencontré des jeunes qui faisaient des choses fascinantes, comme ce garçon de 23 ans qui a créé une forêt nourricière avec des arbres à noix pour les aider à “migrer” vers le nord afin d’avoir des boisés qui vont être persistants », raconte la réalisatrice Marie-Josée Cardinal, des productions du Rapide-Blanc, initiatrices de Changer de cap. Un exemple parmi tant d’autres, qui devraient passer un baume vert sur une génération aux prises avec ses démons environnementaux. 

On a misé sur ces jeunes qui sont passés par des moments d’impuissance, de forte écoanxiété, et qui ont transformé leur impuissance en action. Les jeunes vont changer les choses, j’ai grand espoir en eux.

Marie-Josée Cardinal, initiatrice du projet

Greta des villes, Greta des champs

Les initiatives présentées dans les vidéos embrassent une large palette de domaines, aussi bien au gré des régions qu’au sein des grandes villes. « On a visité des écovillages qui n’achètent presque plus de nourriture à l’extérieur sans y consacrer tout leur temps, qui sont inspirants en termes d’autonomie et de liberté, mais aussi des jardins urbains, comme celui du campus de HEC, qui créent de la biodiversité et permettent de lutter contre les îlots de chaleur », explique le porte-parole Stéphane Chalmeau, diplômé en affaires internationales.

En dépit de leur grande diversité, ces démarches ont été sélectionnées selon un système de valeurs établi par les cinq ambassadeurs, mais présentent surtout un seul et même noyau saillant : le collectif. « Le changement individuel est utile, mais il est insuffisant », avance Stéphane Chalmeau. 

Sur le terrain, ça s’applique par des projets pour la plupart collectifs, des coopératives. On coopère pour faire les choses ensemble, on met en commun les ressources pour que tout le monde y ait accès, on décide ensemble, on mise sur la « low tech », des technologies appropriables par le plus grand nombre.

Anne Gauthier, porte-parole du projet

« On veut leur proposer des solutions et de les faire travailler eux-mêmes sur des solutions et qui peuvent être à la mesure de leur cégep, de leur région, à leur échelle », conclut la réalisatrice.

La tournée débute en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent cette semaine, puis traversera la Montérégie, la région de Montréal, la Mauricie, le Saguenay–Lac-Jean, etc. jusqu’au 31 mars. Un site web plus complet et un guide pédagogique viendront compléter ce projet, qui a reçu une subvention de 150 000 $ du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

> Consultez le site du projet Changer de cap : http://www.changerdecap.ca/

> Consultez la page du projet : https://www.facebook.com/ChangerCap