Aujourd’hui, Alexandre Dostie arrivera au festival de Sundance avec son court métrage Je finirai en prison présenté en compétition internationale. Une première pour ce cinéaste qui est aussi distributeur. Pour lui, pas de doute, Sundance est un rêve. Et un tremplin pour aller plus loin.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Il a connu un succès plus qu’appréciable avec Mutants, son premier court métrage, qui a fait 115 festivals de par le monde, récoltant de nombreux prix. Mais il lui manquait une participation à ce qu’il appelle un « festival triple A ». C’est maintenant chose faite avec Sundance où il débarque avec son deuxième opus, Je finirai en prison.

« Sundance, c’est le rêve. C’est le badge qui manquait sur ma chemise », rayonne Alexandre Dostie, 34 ans, qui espérait depuis longtemps se « tailler une place » dans un festival de cette envergure.

Bande-annonce de Je finirai en prison

Sundance n’est pas Cannes ou la Mostra de Venise. Mais en matière de cinéma indépendant, ce festival dont Robert Redford a longtemps dirigé les destinées, et qui se tient chaque année à Park City dans l’Utah, est perçu comme le Saint des Saints.

Plusieurs cinéastes québécois (Sébastien Pilote, Geneviève Dulude-De Celles, Denis Villeneuve, François Delisle) y sont passés. Tout comme des réalisateurs de renommée internationale tels Quentin Tarantino, Paul Thomas Anderson, Jim Jarmusch. Les films Boyhood, Get Out, Manchester By The Sea et The Blair Witch Project, pour ne nommer que ceux-là, sont passés par Park City.

« Cette année, ils ont pris 78 courts métrages, dont 40 américains, sur des milliers de soumissions, s’enthousiasme M. Dostie. En plus, il se développe une communauté autour de nos films. On sélectionne des réalisateurs avec la volonté de les faire grandir. Ça devient comme un incubateur. J’ai déjà plusieurs rencontres au programme avec des producteurs et des agents. Ça va être du travail ! »

Un autre cinéaste québécois, Santiago Menghini, sera aussi de la compétition des courts, dans la section Midnight consacrée aux œuvres de genre, avec Regret, film d’horreur qui explore le thème du deuil produit et distribué par Némésis Films.

PHOTO FOURNIE PAR NÉMÉSIS FILM

Le cinéaste Santiago Menghini sera également à Sundance, avec son film Regret.

« C’est la deuxième fois que Santiago va à Sundance, remarque la productrice Dominique Dussault. Son premier film, Milk, a été retenu par la maison de production américaine New Line pour un projet de développement en long métrage. Le marché américain est friand de films de genre et il y a toujours un engouement pour la section Midnight. »

C’est d’ailleurs à Midnight que le film québécois Turbo Kid du trio de réalisateurs Yoann-Karl Whissell, Anouk Whissell et François Simard, avait été projeté il y a quelques années avec le succès que l’on connaît.

Codirecteur de la maison de distribution Travelling avec Marie-Pier Lacroix-Couture, Alexandre Dostie a vu trois des courts métrages qu’il représente sélectionnés dans les dernières années. Notamment Brotherhood de Meryam Joobeur qui est finaliste aux Oscars cette année. Pour lui, il est clair que l’événement de Park City est un tremplin.

Il y a 10 ans, les petits festivals étaient plus autonomes dans leur façon de programmer des films.Ils se laissaient moins influencer par les gros, de sorte que les films qui marchaient moins réussissaient à avoir un parcours. Aujourd’hui, avec l’information qui circule très vite, c’est différent.

Alexandre Dostie

J’ai tué la mère

Originaire de la Beauce, Alexandre Dostie y a tourné ses deux premiers films. Mettant en vedette Martine Francke, Je finirai en prison raconte l’histoire de Maureen, une femme qui, dégoûtée du comportement de son mari méchant et négligent, s’enfuit de chez elle. Or, un événement tragique survient à quelques kilomètres de chez elle. Elle stoppe net sa volonté soudaine de refaire sa vie.

« Au moment d’écrire le scénario, j’étais habité par cette femme qui avait le goût de crisser son camp, lance M. Dostie. Je me demandais qui elle était. J’essayais d’écrire autour de cette image sans succès. Jusqu’à ce que je réalise que cette femme, c’est ma mère. Ce n’est pas son histoire que je raconte, mais je sais qu’elle a eu de la difficulté à s’adapter à la Beauce. Petit, j’ai senti qu’elle avait parfois le goût de sacrer son camp. Je ne m’expliquais pas pourquoi, mais j’avais peur qu’elle passe du désir aux actes. À travers Maureen, je voulais donc tuer l’archétype de la mère. »

Quelques jours après Sundance, le film ira à Clermont-Ferrand en France. Ce festival est considéré par plusieurs comme le Cannes du court métrage. Sans se tromper, on peut parler d’un bon début !

Le Centre Phi à Sundance

Le Centre Phi du Vieux-Montréal sera également présent à Sundance en tant que coproducteur de l’œuvre immersive Breathe de l’artiste d’origine brésilienne Diego Galafassi. Des cinéastes canadiens, dont Sarah Polley et Brandon Cronenberg, y présenteront aussi leurs plus récents opus.

> Consultez le site du festival (en anglais)