(Moscou) Le réalisateur et producteur du film Ayka, coproduit par la Russie et récompensé à Cannes en 2018, a été sanctionné par l’État russe pour ne pas avoir respecté les délais de production, un retard que l’intéressé justifie par l’absence de neige.

Agence France-Presse

« Le Fonds du Cinéma russe m’oblige à payer une lourde amende d’environ 100 000 euros (145 000 $) pour le retard de quatre ans qu’a pris la production », a annoncé lundi à l’AFP le réalisateur Sergueï Dvortsevoï, qui avait débuté comme producteur pour ce film.

« Je suis choqué parce que c’est un film d’auteur et nos recettes ne sont pas suffisantes pour rembourser cette amende », a-t-il dit.

Ayka avait reçu 28 millions de roubles (593 000 $) de subventions publiques, soit un peu plus du quart de son budget. Mais seuls 8143 spectateurs ont vu le film après sa sortie l’année dernière en Russie, où ses recettes ont atteint à peine 2,4 millions de roubles (51 000 $), selon les chiffres officiels.

Commencée en 2012, la production a duré six ans, au lieu des deux prévus dans le contrat.

Ce drame raconte l’histoire d’une jeune immigrée kirghize, mère célibataire, qui se bat pour survivre dans la capitale russe enneigée. Pour ce rôle, la comédienne kazakhe Samal Esliamova avait obtenu le prix d’interprétation féminine du Festival de Cannes 2018.

« Or, c’est justement l’absence de neige à Moscou deux hivers consécutifs, pendant notre tournage, qui est à l’origine de ces délais », explique le réalisateur, ajoutant que son « style quasi documentaire exclut totalement l’utilisation de neige artificielle ».

En plus, « le calendrier était souvent imprévisible, car 80 % du scénario était écrit au jour le jour avec l’actrice principale », précise-t-il.

Après son succès à Cannes, Ayka avait été retenu dans la première liste de neuf longs métrages en langue étrangère en lice pour l’Oscar en 2019. Le film représentait alors le Kazakhstan, autre pays producteur, la Russie n’ayant pas choisi de le présenter.