Le documentaire de Netflix Shawn Mendes – In Wonder, paru le 23 novembre dernier, a permis au chanteur de lever le voile sur son quotidien : son processus créatif surtout, mais aussi ses amours, sa famille, ses ambitions et ses craintes. Le tournage et le visionnement du film ont représenté un travail d’introspection pour l’artiste de 22 ans. La Presse a participé à une rencontre entre les médias, Shawn Mendes et le réalisateur du documentaire, Grant Singer.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

« En visionnant le film, je me suis dit que je devais vraiment arrêter d’être aussi dur envers moi-même, je me suis rendu compte de toute la pression que je mets sur mes propres épaules », a révélé Shawn Mendes lors de cette conférence de presse tenue sur Zoom jeudi dernier.

Début vingtaine, avec un quatrième album fraîchement sorti, le musicien n’avait pas l’intention de faire paraître un documentaire à prétention anthologique. Il s’agissait plutôt de capter un moment fort de sa vie : la fin de sa tournée en 2019, la création de ce nouvel album, ses doutes, ses joies. Ça ne pouvait être prévu, mais le documentariste Grant Singer a aussi pu filmer la détresse que Mendes a ressentie lorsque sa voix a cédé, poussée trop loin, trop fort.

PHOTO JOSIAH VAN DIEN, FOURNIE PAR NETFLIX

Shawn Mendes et sa copine, la chanteuse Camila Cabello

In Wonder suit Shawn Mendes de près, la caméra souvent juste au-dessus de son épaule ou près de son visage. On capte son regard, sa mâchoire tendue dans des moments de stress, son sourire sympathique et, une fois, ses larmes. On voit aussi qu’il travaille fort pour son art et ses admirateurs.

À certains moments, comme lorsqu’il doit annuler son spectacle à São Paulo sur ordre du médecin alors que les spectateurs ont déjà commencé à s’installer dans le stade, Grant Singer choisit de rester loin de son sujet. « Quand tu crées des films, tu crées un spectacle, une illusion, mais en faisant un documentaire, c’est l’inverse, a expliqué celui qui a réalisé de nombreux vidéoclips pour des vedettes comme The Weeknd, Sam Smith, Lorde ou Taylor Swift.

Je devais me retirer de la scène pour en capter l’essence, pour que ma présence ne change pas ce qui se passait.

Grant Singer, réalisateur de In Wonder

Ainsi, pour la séquence tournée au Brésil, alors que Mendes se retrouve dans les gradins vides, sachant que ses admirateurs sont déçus, « on avait des lentilles longues et il ne savait pas qu’on le filmait ». « On voulait être invisibles pour que Shawn vive sa vie et que le spectateur puisse ensuite voir cela », a précisé Singer.

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Shawn Mendes dans In Wonder

Cette scène montre Shawn Mendes en pleurs, alors que sa voix ne veut plus faire ce qu’il lui demande, au téléphone avec sa mère, vulnérable.

Le lien de confiance

Cette vulnérabilité, Mendes a réussi à la montrer, lui qui semble toujours porter une carapace, en tissant un lien de confiance avec Grant Singer. Si un certain contrôle transparaît sur les images que l’on visionne, le chanteur confie avoir voulu montrer sa réalité de façon « crue », « de plus en plus proche » alors que le tournage avançait. « Encore une autre année à filmer et on aurait été avec moi dans mon lit à mon réveil, juste à côté de mon visage », a-t-il lancé à la blague.

Le tournage s’est étalé sur plus de neuf mois, le réalisateur et le chanteur sont devenus amis.

Les deux ou trois premières fois que Grant est venu me voir, il avait une caméra VHS en main seulement et 99 % du temps, il ne filmait même pas. On voulait tout d’abord avoir une relation entre nous.

Shawn Mendes

L’amoureuse du musicien de 22 ans, la chanteuse Camila Cabello, tient une place importante dans le film. On sent l’affection qu’il lui porte, on les voit interagir, et chacun est interviewé pour parler un peu de l’autre.

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Shawn Mendes et sa copine, la chanteuse Camila Cabello

Dans une scène touchante où Mendes se rend aux répétitions des prix VMA, durant lesquels il est monté sur scène avec Cabello, il explique que même si toutes les chansons d’amour qu’il écrit sont pour elle, il ne trouvera jamais les mots pour bien décrire ses sentiments. « C’est comme quand tu vois la lune ou les étoiles et que tu tentes de prendre une photo avec ton iPhone, mais tu ne peux pas, le résultat n’est pas satisfaisant, dit-il. Ce sont des choses qui ne peuvent pas être bien rendues. »

Une réponse parfaite, qu’on croirait presque scriptée. « Ce que les gens ne voient pas, ce sont les 50 heures de bêtises qu’on a filmées. On voit les choses profondes, mais tout ce qui sort de ma bouche n’est pas si beau », a blagué le musicien.

L’occasion de réfléchir

Comment réussit-il à s’ouvrir de cette façon, sachant que des milliers, voire des millions de personnes l’écouteront parler ? « Depuis que j’ai 15 ans [lorsqu’il a commencé à gagner en popularité], on me demande ce que je ressens, a-t-il répondu. Tu peux y aller en mode autopilote ou bien vraiment penser à une réponse. À force de toujours réfléchir à ces questions, j’ai un dialogue interne constant en moi. »

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Shawn Mendes dans In Wonder

Le documentaire lui a ainsi permis de poser un regard réflexif sur sa vie, mais aussi sur son identité, lui qui avoue s’être momentanément perdu dans la célébrité. « C’était cathartique », a-t-il expliqué, comparant ses discussions avec Grant Singer à des séances de thérapie.

Éprouve-t-il des regrets, maintenant que le film est sorti ? « Non, aucun. Je l’ai vu un million de fois et je sais que si j’avais montré ce que je voulais que les gens voient, ça aurait été horrible, a-t-il confié, conscient de sa tendance à vouloir tout contrôler, mais conscient aussi que ce n’était pas la chose à faire ici. Je devais faire confiance à Grant pour montrer vraiment qui je suis. »