Dans No Crying at the Dinner Table, Carol Nguyen explore avec tact des thèmes douloureux : le deuil, les liens familiaux et les traumatismes intergénérationnels. Lauréat du prix du jury pour le court métrage documentaire à la SXSW 2020, le film lancé plus tôt cette semaine met en scène la propre famille de la réalisatrice torontoise établie à Montréal. Un franc succès pour la jeune femme de 23 ans, qui cherche à raconter l’universel, en donnant une voix aux expériences vécues par les femmes et les communautés issues de la diversité.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Dans votre film, vous avez des conversations éprouvantes avec vos parents, deux immigrants vietnamiens, sur des secrets de famille dont ils n’ont jamais voulu parler. Est-ce libérateur pour vous d’avoir mis à l’écran ces traumatismes qui migrent de génération en génération ?

Totalement libérateur ! C’est commun pour les familles qui viennent de l’étranger ayant vécu un traumatisme dans leur pays d’origine ou après leur arrivée. C’est quelque chose dont on ne parle jamais entre nous, surtout quand il s’agit d’un deuil. Au Viêtnam, il y a aussi cet historique de guerre, donc de traumatisme et de douleur qui rend difficile le dialogue interfamilial. Parfois les barrières sont culturelles, mais le deuil demeure difficile pour tout le monde.

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Dans No Crying at the Dinner Table, votre famille est exposée à l’écran. On entre vraiment dans son intimité et la vulnérabilité de vos proches est palpable. Est-ce que ç’a été difficile de les mettre à l’aise ?

Ma famille soutient ma carrière d’une façon incroyable. Ils n’ont pas hésité à participer au projet. J’ai travaillé fort avant le tournage à approfondir mon lien de confiance avec eux, nous avons parlé de tous les sujets pour définir les limites. Ce n’était pas spontané. Aussi, on a réduit le nombre de personnes présentes au tournage pour que tout le monde soit à l’aise, il n’y avait que moi et le directeur photo avec qui je travaille.

Il n’y a pas énormément de femmes vietnamiennes à la réalisation au Canada ou ailleurs. Est-ce pour vous un frein ou au contraire une source de motivation ?

Pendant mon adolescence, la seule femme vietnamienne présente à l’écran, c’était la vedette de téléréalité Tila Tequila [rires]. Donc je n’avais pas vraiment de modèle. Mais j’ai commencé à faire des films à un bon moment, car il y a vraiment un élan pour de jeunes réalisatrices de toutes origines. Les gens veulent entendre des histoires différentes. Le mouvement #metoo aux États-Unis a vraiment contribué à ça : on a constaté le manque de représentation des femmes dans l’industrie. Je me suis sentie empowered.

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