L’obligation qu’ont les exploitants en zone rouge de prolonger la fermeture de leurs salles de cinéma jusqu’au 23 novembre entraîne un nouveau branle-bas de combat dans le calendrier des sorties de films. On tente de faire le point.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

André Duchesne André Duchesne
La Presse

La prolongation de la fermeture des salles de cinéma jusqu’au 23 novembre vient bousculer le calendrier des sorties, y compris celui de deux productions québécoises attendues.

À Souterrain, le film de Sophie Dupuis qui aurait dû prendre l’affiche le 9 octobre, s’ajoute maintenant Les vieux chums. Le nouveau film de Claude Gagnon (Kenny, Karakara), dont les têtes d’affiche sont Patrick Labbé, Paul Doucet et Hassan El Fad, sera présenté en primeur mondiale cette fin de semaine au Festival de cinéma international en Abitibi-Témiscamingue et aurait ensuite dû prendre l’affiche partout au Québec le 6 novembre. Les cinéphiles québécois devront maintenant patienter jusqu’au début de la prochaine année. On tente aussi de fixer une nouvelle date de sortie pour My Salinger Year, la nouvelle offrande de Philippe Falardeau, qui ne peut désormais plus prendre l’affiche le 13 novembre.

Et qu’en est-il d’Aline ? Même si, en principe, la première période de prolongation prendra fin le 23 novembre, le film de Valérie Lemercier, inspiré de la vie de Céline Dion, ne sortira pas en salle le 27 novembre. Encore là, on tente de fixer une nouvelle date de sortie, d’autant qu’Aline aura droit à sa grande soirée de première, liée à son statut officiel de film d’ouverture du festival Cinemania, peu importe la journée où l’organisation de cette soirée sera possible.

Pour l’instant, la sortie de Maria Chapdelaine, de Sébastien Pilote, n’est pas compromise et est toujours fixée au 18 décembre.

PHOTO FOURNIE PAR K-FILMS AMÉRIQUE

Camélia Jordana et Niels Schneider dans Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, film d’Emmanuel Mouret

« Nous sommes respectueux des règles de prophylaxie nécessaires pour contrer ce virus, mais les lieux sécuritaires où le public pourrait se divertir n’auraient pas dû être interdits. Il y a manque flagrant de nuances dans l’application des règles sanitaires, et on pourrait presque dire qu’il y a un préjugé très défavorable à l’égard de la culture », a déclaré Louis Dussault, président de K-Films Amérique, société qui distribue Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait. Ce très beau film d’Emmanuel Mouret, avec Camélia Jordana et Niels Schneider, devait prendre l’affiche vendredi, mais a de nouveau rejoint la liste des sorties remises à une date ultérieure. Il en est de même de Selfie, un film réalisé par cinq cinéastes, parmi lesquels Thomas Bidegain et Marc Fitoussi.

Pas d’entente avec le gouvernement

Quand le gouvernement québécois a lancé le premier « défi 28 jours » en ordonnant la fermeture des musées, des théâtres et des salles de cinéma à compter du 1er octobre, la nouvelle a pris le milieu complètement par surprise. Les exploitants et les distributeurs de films avaient quand même bon espoir qu’au bout de cette période, l’ordonnance serait levée. Plusieurs d’entre eux s’étaient même organisés en conséquence. Avec la prolongation, tout est maintenant à refaire, sans que personne ne puisse savoir quand les salles pourront de nouveau accueillir des cinéphiles.

Du côté des exploitants de salles, ce nouveau délai, sans être vraiment une surprise, confirme néanmoins l’urgence d’en venir à une entente avec le gouvernement du Québec pour la mise en place d’un programme d’aide financière.

« Il y a un mois, en nous annonçant qu’on nous fermait, la ministre de la Culture [Nathalie Roy] a dit que nous étions en discussion pour en arriver à un plan d’aide aux cinémas. Il est très clair que cela a été accueilli par tout le monde comme une bouffée d’air frais. Mais avec cette nouvelle fermeture de 28 jours, il va falloir accélérer les discussions pour en arriver à quelque chose », a déclaré à La Presse Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma du Québec.

Ce dernier rappelle qu’en dépit de plusieurs mois de fermeture depuis la mi-mars, les salles de cinéma n’ont pas eu accès à des programmes spécifiques d’aide. « Les propriétaires attendaient beaucoup de ce programme à venir », dit-il en faisant allusion au fait que les salles de cinéma ne font pas partie du programme qui rembourse 75 % des revenus des billetteries pour les salles de spectacle et les théâtres.

Se disant « très déçu », mais « pas surpris » d’un prolongement de 28 jours, M. Bouchard rappelle que durant la courte période où les cinémas ont rouvert, il n’y a eu aucune éclosion de coronavirus. « Quand j’entends le premier ministre Legault parler d’impact sur la santé mentale, je constate à quel point nous avons une raison d’être, dit-il à propos de l’utilité des cinémas. Nous avons fait nos meilleurs revenus dans les trois jours précédant la fermeture. Les gens étaient tellement heureux de venir s’y évader pendant deux heures ! »

Une exception, malgré tout

C’est dire que peu de distributeurs choisissent de sortir leurs films dans les salles de cinéma encore ouvertes à l’extérieur des zones rouges. TVA Films constitue l’exception. Il y a quelques semaines, la société de distribution a offert en province la comédie française Belle fille, avec Miou-Miou, et elle s’apprête à faire de même ce vendredi avec La relève, une comédie dramatique mettant en vedette Clovis Cornillac et Noémie Schmidt, ayant pour thème le métier de vétérinaire en région rurale.

« Ce film devait d’abord prendre l’affiche au mois de mars et sa sortie devait aussi coïncider avec un congrès de vétérinaires, explique Carole Labrie. Puis, nous avons reporté la sortie au mois de septembre, et de nouveau le 30 octobre. Une projection virtuelle du film était déjà planifiée cette fin de semaine, justement destinée aux professionnels qui devaient assister au congrès. C’est la raison pour laquelle nous lançons quand même La relève dans les régions où les cinémas sont ouverts. Nous pourrons quand même le présenter dans sept salles au Québec, et une au Nouveau-Brunswick. »

La relève sortira vendredi à Sherbrooke, Saguenay, Rivière-du-Loup, Granby, Sainte-Adèle, Val-d’Or, Baie-Comeau et Caraquet.

Cinemania aura lieu en ligne

En dévoilant la programmation du 26e Festival Cinemania de Montréal, un évènement consacré au cinéma francophone, le directeur Guilhem Caillard a assuré qu’Aline, film de Valérie Lemercier inspiré de la vie de Céline Dion, demeurait officiellement le film d’ouverture de cette nouvelle édition, mais que cette présentation aurait lieu seulement au moment où le gouvernement aura donné le feu vert pour la réouverture des salles, peu importe quand.

PHOTO FOURNIE PAR MAISON 4 : 3

Sylvain Marcel et Valérie Lemercier dans Aline, film de Valérie Lemercier

En attendant, cette 26e édition se déroulera uniquement en ligne, avec une programmation composée d’environ 90 films, en provenance d’une dizaine de pays. Soulignons d’abord la présence d’un invité d’honneur : le cinéaste québécois Louis Bélanger. En plus d’une sélection des films du réalisateur de Gaz Bar Blues, élaborée en collaboration avec la Cinémathèque québécoise, les cinéphiles auront droit à une leçon de cinéma, ainsi qu’à un film inédit, réalisé par Kalina Bertin, consacré au cinéaste.

La nuit des rois, de Philippe Lacôte, sera présenté le 4 novembre lors d’une séance de préouverture en ligne. Cette coproduction entre la Côte d’Ivoire, la France, le Québec et le Sénégal fera aussi l’objet d’une discussion avec le cinéaste. Un documentaire consacré au film figure également au programme.

Aux grands titres déjà annoncés (Été 85, de François Ozon et Slalom, de Charlène Favier, entre autres) s’ajoutent aussi des films attendus, notamment Deux moi, de Cédric Klapisch, Garçon chiffon, de Nicolas Maury, Antoinette dans les Cévennes, de Caroline Vignal, de même que Police, d’Anne Fontaine. La face cachée du Baklava, de Marianne Zéhil, Vacarme, de Neegan Trudel et Je m’appelle humain, de Kim O’Bomsawin, font en outre partie des productions québécoises sélectionnées.

Avis aux amateurs : les deux premiers épisodes de la série Dix % (Appelez mon agent) seront présentés en primeur nord-américaine. Charlotte Gainsbourg est la vedette du premier épisode et Franck Dubosc, celle du deuxième.

Il est à noter que sur la plateforme du festival, les titres de la sélection y seront chacun offerts deux fois pour une durée de 48 heures, sur deux périodes distinctes. Le 26e festival Cinemania se tiendra en ligne du 4 au 22 novembre.

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