(Toronto) Demandez à un réalisateur quand il a terminé son projet pour le Festival international du film de Toronto cette année et vous aurez souvent droit à un rire nerveux.

Victoria Ahearn La Presse Canadienne

« Hier ? Il y a une semaine ? Sérieusement », a répondu Joel Bakan, coréalisateur du documentaire canadien The New Corporation : The Unfortunately Necessary Sequel, en entrevue tout juste avant le début du TIFF.

« Oh, il y a quelques jours », a pour sa part affirmé Dusty Mancinelli, coréalisateur du film à suspense Violation, s’exprimant peu avant le coup d’envoi du festival jeudi dernier.

Même en temps normal, il faut souvent se démener pour boucler un film à temps pour sa première, mais avec la COVID-19 qui a mis de nombreuses facettes de la vie en veilleuse depuis le mois de mars, les cinéastes ont dû composer avec des délais encore plus serrés.

Bruised, par exemple, le tout premier film signé par Halle Berry, est présenté comme un « travail en cours » dans le cadre du TIFF, qui se déroule jusqu’à samedi.

« La COVID a beaucoup ralenti notre processus en quelque sorte », a expliqué Halle Berry lors d’une discussion virtuelle vendredi. Une entente avec Netflix a alors été annoncée pour son film. « Nous essayons de trouver un moyen de le terminer complètement. Avec la COVID, ça a été un défi. »

Joel Bakan raconte que la coréalisatrice Jennifer Abbott et lui étaient en train d’arroser l’achèvement de leur film avec du champagne lorsque la pandémie a frappé. La crise était si intimement liée au sujet de leur documentaire sur le pouvoir des grandes entreprises qu’ils ont dû le retravailler pour s’assurer qu’il reste d’actualité.

Ils ont interviewé à nouveau certains de leurs intervenants, par vidéoconférence cette fois. La production n’était pas au même niveau que celle du reste du film, mais ils ont dû s’y résoudre.

Après avoir connu une série de pépins techniques au petit matin, le jour même de la date limite du TIFF, ils n’ont pas pu respecter l’heure de tombée initiale.

Dusty Mancinelli explique que le dernier mois a été une « course contre la montre » pour finaliser Violation, dont il signe le scénario et la réalisation aux côtés de Madeleine Sims-Fewer, qui y campe également le rôle principal.

Même si une première version du film avait déjà été acceptée par le TIFF, le duo voulait poursuivre le tournage et il a dû travailler « sans arrêt » sur la postproduction.

Les coréalisateurs ont aussi dû se conformer aux règles de distanciation sociale et autres mesures de santé et sécurité en studio en peaufinant la bande sonore. Le tout, avec un microbudget.

Mais comme le dit Jennifer Abbott, « un film n’est jamais terminé » et peut toujours être fignolé après le festival.

Les coréalisateurs de Violation ont bien l’intention de le faire et comptent se remettre à l’ouvrage dès octobre.