Avec un box-office de 184 366 $ pour tout le Québec, le premier week-end de la reprise des projections de longs métrages dans les salles de cinéma s’est traduit par une activité très au ralenti, soit d’au moins 90 % inférieure à celle du même week-end en 2019.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Mais cette reprise s’est néanmoins faite à la grande satisfaction des acteurs de l’industrie, qui y voient l’aube d’un retour à la normale.

« La pression tombe, indique Mario Fortin, président et directeur général du Cinéma Beaubien. De façon générale, je qualifierais le taux de fréquentation de correct. Mais ce n’était pas le grand rush non plus. En un sens, cela a été une bonne chose, car nous avons ainsi pu mettre à l’épreuve nos scénarios de mesures sanitaires. Et ces mesures tiennent la route. Je n’ai pas eu d’ajustement majeur à faire. »

Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma du Québec, tient un discours semblable. Lui aussi constate une faible présence du public, mais estime que cela a permis aux exploitants de s’exercer dans leur nouvel environnement.

Il y avait trois facteurs contre nous : l’effet COVID, un seul nouveau film [en fait quelques-uns, mais à circulation très limitée] et un temps splendide. Mais la bonne nouvelle dans tout ça, c’est que nous sommes ouverts et que nous sommes là pour divertir les gens. Nous avons croisé des gens heureux qui nous affirmaient être très contents de revenir.

Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma du Québec

Revenons aux chiffres pour avoir une idée de la situation. Selon l’organisme Cineac, spécialisé dans la compilation des données cinéma, le week-end du 5 au 7 juillet 2019 s’était terminé avec des recettes de 2 183 023 $. Cette année, le dernier week-end complet avant la COVID-19 (6-7-8 mars) s’était traduit par des recettes de 1 969 920 $. Et durant le week-end du 13 au 15 mars, alors qu’étaient adoptées les premières mesures de confinement, les recettes ont été de 452 614 $. À remarquer que ce week-end-là, certaines salles ont fermé leurs portes après la dernière séance du samedi soir.

Le box-office de 184 366 $ du premier week-end de réouverture, qui comprend les chiffres des ciné-parcs, est donc très modeste. Mais attention ! Il ne faut pas oublier dans l’équation que les mesures de distanciation physique ne permettaient pas plus de 50 personnes dans une salle, peu importe sa capacité de sièges. Et dans les petites salles, la capacité était encore plus faible en raison de l’obligation de laisser deux sièges entre les individus ou groupes.

« Dans notre cas, le résultat du box-office de nos films présents en salle ce week-end représente 13 % de nos recettes de l’an dernier, note Patrick Roy, président du distributeur Films Séville et président à la distribution pour eOne à travers le monde. Mais ce chiffre est supérieur à plusieurs autres marchés où nous sommes aussi actifs. »

Docteur ? et Suspect numéro un

PHOTO FOURNIE PAR ALLOCINÉ

Michel Blanc dans la comédie Docteur ?

Au cours du week-end, Docteur ? de Tristan Séguéla, avec Michel Blanc en vedette, était la plus importante nouveauté à sortir avec 100 kilos d’étoiles de Marie-Sophie Chambon. Pas exactement une superproduction, mais un film qui a très bien fait dans les circonstances, dit en entrevue le distributeur Antoine Zeind (AZ Films).

« En fait, le film est sorti le 13 mars et a été retiré de l’affiche le 14 après deux jours d’exploitation, dit ce dernier. Au lieu de le mettre en location sur VOD, j’ai décidé de le ressortir. Notre box-office a oscillé entre 12 000 $ et 15 000 $, ce qui le place dans le top 3 de la fin de semaine, mais vous comprendrez que personne ne va vivre avec ça. On a besoin de l’aide de tout le monde pour se relancer. »

Pour la fin de semaine qui arrive, celle des 10, 11 et 12 juillet, tout le monde mise sur la sortie de Suspect numéro un, suspense policier de Daniel Roby inspiré d’une histoire vraie et mettant en vedette Antoine Olivier Pilon et Josh Hartnett. Dont Vincent Guzzo, qui planifie même diffuser la version française du film dans ses salles normalement unilingues anglaises de l’ouest de Montréal.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Vincent Guzzo

Nous savions que les premières semaines seraient complexes. Non pas en raison de la COVID-19, mais en raison du manque de nouveautés. L’an dernier à pareille date, nous avions Spider-Man et Menteur d’Émile Gaudreault !

Vincent Guzzo

Ce dernier, comme les autres exploitants à qui nous avons parlé, reste optimiste. Le retour des gros films américains, comme Tenet et Mulan, est attendu. Tout comme l’assouplissement des règles sanitaires afin d’accueillir plus de public. D’ici là, certains propriétaires de salles (pas tous) ont abaissé le prix des billets.