« Un arrêt brutal. » C’est ainsi que le président Claude Joli-Cœur résume l’impact de la pandémie de COVID-19 sur les activités de l’Office national du film (ONF). Mais il n’y a pas que des mauvaises nouvelles ici, car la fréquentation du site onf.ca a fait un bond spectaculaire.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

« En mars, nous sommes passés de 7000 à 25 000 visionnements par jour, dit Jérôme Dufour, directeur général du marketing et des communications de l’ONF. C’est une accélération époustouflante ! »

Distanciation physique oblige, l’entrevue se fait par téléphone avec les deux dirigeants de l’organisme dont les bureaux, partout au pays, se sont vidés le soir du dimanche 15 mars. Cela inclut les locaux tout neufs de l’Îlot Balmoral, voisin de la place des Festivals, où l’ONF a déménagé son quartier général il y a quelques mois.

Heureusement, dit Claude Joli-Cœur, ce déménagement s’est accompagné d’un renouvellement d’équipements, de sorte que les communications sont facilitées entre les 385 employés du pays, dont 95 % poursuivent leurs tâches. « Il n’y a pas eu de mises à pied », observe le président et commissaire du gouvernement à la cinématographie.

Au moment où tout s’est arrêté, quelque 200 projets de films (documentaires, animations, projets numériques, interactifs, etc.) étaient en cours de réalisation, que ce soit à l’étape de l’écriture, de la production, de la postproduction, etc.

Les créateurs qui étaient en plein travail dans les ateliers de production de l’ONF ont dû s’arrêter. Pour eux, l’ONF a versé l’équivalent de trois semaines de rémunération, dit M. Joli-Cœur. « Sinon, ils se retrouvaient avec rien », dit-il.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Claude Joli-Cœur, président de l’Office national du film, alors qu’il était dans ses bureaux en septembre dernier.

La pandémie a aussi un impact direct sur les sorties de films, les lancements et les passages en festivals. Elle touche également la vente des œuvres à des distributeurs internationaux.

En attendant la relance dans les modes traditionnels, l’ONF cherche à se réinventer, souligne Jérôme Dufour.

On essaie de changer nos façons de faire. Par exemple, nous avons lancé trois films durant le Festival international du film sur l’art [FIFA], qui s’est tenu en ligne. Cela nous a permis de poursuivre nos activités de promotion, et nous sommes satisfaits de la réponse.

Jérôme Dufour

L’ONF a aussi profité de la situation pour se rapprocher du personnel enseignant puisque la pédagogie se fait actuellement à distance. « Nous avons bonifié notre offre aux enseignants en ouvrant nos contenus, poursuit M. Dufour. On peut ainsi rejoindre 4 millions de jeunes au pays. Dans notre section Éducation, nous avons créé des playlists et des mini-leçons. Par exemple, le lien L’école de l’océan possède 225 minutes d’expériences interactives. »

Nouveautés à la mode

Revenons au site internet. Avec quelque 4000 titres, il est l’un des plus riches en matière de films gratuits, que ce soit des longs métrages de fiction, documentaires, animations, courts métrages. Tous portent la griffe de l’ONF.

PHOTO FOURNIE PAR L’ONF

Scène de la websérie Ramaillages

En mars, 7 des 10 films les plus fréquentés (aucun chiffre n’est dévoilé) sont des œuvres récentes. Ce sont quatre épisodes de la websérie Ramaillages sur des projets d’autonomie alimentaire en Gaspésie, le documentaire La fin des terres, de Loïc Darses, le très chouette court métrage Le bonheur de Lucien sur un chanteur à la vie tranquille de l’Acadie, les classiques Pour la suite du monde et La nuit de la poésie 1970 ainsi qu’un épisode de La liste des choses qui existent, série d’animation sur l’origine des objets, et un épisode d’Une minute de science svp.

Par ailleurs, les travaux n’étaient pas tout à fait terminés dans les nouveaux locaux de l’ONF, notamment dans la salle de cinéma et l’espace public, au moment de la décision d’envoyer le personnel travailler à la maison. Ce qui peine un peu Claude Joli-Cœur, qui a bien hâte de tenir l’activité de portes ouvertes déjà remise dans le passé.

> Consultez le site de l’ONF : https://www.onf.ca/