Pendant la pandémie, notre critique vous propose chaque semaine trois films de répertoire à (re) découvrir. Au programme cette semaine : des quartiers célèbres.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Cinéma d’ici : L’eau chaude l’eau frette (1976)

André Forcier

Plateau Mont-Royal, Montréal. Le troisième long métrage d’André Forcier, considéré comme l’un de ses meilleurs, a pour cadre un quartier de Montréal qui, avant de devenir l’un des plus branchés du pays, avait une vocation réellement « populaire ».

C’est-à-dire qu’il était peuplé de gens vivant dans de très modestes conditions, qui se débrouillaient néanmoins pour s’organiser un réseau social dans lequel chaque rôle était déjà bien établi.

Grâce à une galerie de personnages très colorés, Forcier rend hommage à ce « petit peuple » en concoctant, comme lui seul sait le faire, cette tragicomédie orchestrée autour d’une fête organisée en l’honneur du 43e anniversaire de Polo (Jean Lapointe), l’usurier du coin.

« L’idée de faire un film avec les exploités qui fêtent leur exploiteur, je trouvais que c’était une belle métaphore du Québec, et c’en est encore une qui est actuelle », a déclaré le réalisateur des Fleurs oubliées à l’occasion de la restauration de son film par le projet Éléphant.

Autour de Jean Lapointe gravite une distribution de haut vol dans laquelle se distinguent Jean-Pierre Bergeron, Louise Gagnon et Réjean Audet du côté des plus jeunes, Sophie Clément, Françoise Berd, Guy L’Écuyer et Élise Varo du côté des adultes, sans oublier Anne-Marie Ducharme, inoubliable dans le rôle d’une demoiselle âgée, pâmée devant « l’Académicien » Amédée Croteau (Albert Payette).

Tout ce beau monde est plongé dans un conte à la fois drôle et cruel, prétexte à un party mémorable.

À voir sur Illico et iTunes (Répertoire Éléphant).

Cinéma d’ailleurs : Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001)

Jean-Pierre Jeunet

Montmartre, Paris. « Elle va changer votre vie », pouvait-on lire sur l’affiche du film, laquelle révélait le visage espiègle d’une héroïne dont le « fabuleux destin » a d’ailleurs inspiré certains spectateurs à commettre de bonnes actions dans leur propre existence. Et c’est ce qu’elle fit.

Du coup, la vie a repris les accents d’un poème de Prévert, Montmartre a retrouvé son charme d’antan, le Café Les Deux Moulins (15, rue Lepic, Paris XVIIIe) est devenu un lieu de pèlerinage, des poissons rouges de toutes origines ont été de par le monde prénommés Cachalot, des nains de jardin ont envoyé des cartes postales, des peintres se sont mis à reproduire Le Déjeuner des canotiers de Renoir, et la « chasse au Bredoteau » s’est transformée en jeu de société.

Difficile à croire que ce film magique de Jean-Pierre Jeunet (Un long dimanche de fiançailles) a déjà 20 ans. Enfin, presque.

Mettant en vedette Audrey Tautou, Mathieu Kassovitz et Jamel Debbouze, sans oublier la présence vocale d’André Dussollier, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain relate le parcours d’une jeune femme qui, à Montmartre, tente tout simplement de répandre le bonheur à sa façon.

Dans le contexte actuel, un « film doudou » comme celui-là, traversé de bienveillance, ne peut faire que du bien.

À voir sur Illico et Boutique Cineplex. Aussi en Blu-ray/DVD.

Hollywood : Do the Right Thing (1989)

Spike Lee

Brooklyn, New York. Spike Lee s’était déjà fait remarquer grâce à ses deux premiers longs métrages, She’s Gotta Have It et School Daze, mais Do The Right Thing l’a véritablement imposé parmi les cinéastes les plus importants de sa génération.

Non seulement le réalisateur de BlacKkKlansman a-t-il intégré la culture hip-hop dans le cinéma populaire (la scène d’ouverture montrant Rosie Perez s’agitant frénétiquement au son de Fight the Power de Public Enemy a marqué les esprits), mais il a aussi illustré à quel point les tensions raciales peuvent facilement être exacerbées.

Campant son récit à Brooklyn, particulièrement dans le quartier Bedford-Stuyvesant, le cinéaste relate l’histoire d’une révolte dans un quartier en mouvance démographique.

Principalement habité par des Afro-Américains, le voisinage d’une pizzeria tenue par une famille italo-américaine, dont le fils aîné (John Turturro) est un raciste affiché, n’aura besoin que d’une étincelle pour s’embraser.

Marqué par de vibrantes performances de Danny Aiello (remarquable dans le rôle du propriétaire du restaurant) et Ossie Davis, entre autres, ce film, dans lequel Spike Lee s’est donné le rôle du livreur de pizzas, constitue ainsi un microcosme de la vie urbaine dans les villes américaines.

Il se termine en mettant face à face, ou dos à dos c’est selon, deux citations de deux grands leaders noirs, Martin Luther King et Malcolm X, qui font autant réfléchir l’une que l’autre. Plus de 30 ans plus tard, Do the Right Thing n’a rien perdu de sa pertinence.

À voir sur iTunes, YouTube et Google Play. Aussi en Blu-ray/DVD.