Pendant la pandémie, notre journaliste vous propose chaque semaine trois films de répertoire à (re)découvrir. Au programme cette semaine : de longues fresques !

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Cinéma d’ici : Les Plouffe (1981)

Gilles Carle

Produit au coût de 5 millions de dollars — une somme colossale il y a 40 ans —, Les Plouffe est la toute première « superproduction » de l’histoire du cinéma québécois.

Sortie dans un circuit de 40 salles (du jamais vu alors !), la fresque de Gilles Carle a requis l’apport de centaines de figurants. Pour l’occasion, le quartier Saint-Sauveur de la capitale nationale a aussi dû revêtir ses atours des années 40. Jamais le Québec ne s’était fait un tel cinéma pour projeter une partie de sa propre vérité sur grand écran.

En transposant le roman que Roger Lemelin a publié en 1948, le réalisateur de Fantastica a su capter la difficulté existentielle de notre peuple en évoquant une époque charnière de son histoire. La société « canadienne-française » d’alors s’apprêtait en effet à ressentir les secousses d’une modernité en devenir, bien qu’encore profondément déchirée entre ses traditions et ses différentes allégeances.

Mettant en vedette Émile Genest, Juliette Huot, Gabriel Arcand (« Y a pas de place, nulle part, pour les Ovide Plouffe du monde entier »), Denise Filiatrault, Pierre Curzi, Serge Dupire et Anne Létourneau, entre autres, Les Plouffe est passé à l’histoire grâce à certaines scènes inoubliables, de grandes performances d’acteurs et... la chanson thème (Il était une fois des gens heureux, écrite par Stéphane Venne et interprétée par Nicole Martin).

À noter que le portail Éléphant – mémoire du cinéma offre la version intégrale du film, d’une durée de 3 h 18, telle qu’exploitée lors de la sortie en salle, plus longue que la version « internationale » à laquelle nous avons eu droit en DVD il y a plusieurs années.

À voir sur Illico.

Cinéma d’ailleurs : 1900 (1976)

Bernardo Bertolucci

Cette fresque politique grandiose, qui raconte l’histoire de l’Italie au cours de la première moitié du XXe siècle, n’a, curieusement, rien à voir avec l’année 1900. On raconte que Bernardo Bertolucci, qui a pu se lancer dans ce projet ambitieux grâce au succès du Dernier tango à Paris, a toujours préféré le titre italien, Novecento, parce que, dans la langue de Dante, il fait plutôt écho à l’ensemble du siècle.

Le récit suit le parcours de deux amis, nés le même jour de 1901, qui grandissent de part et d’autre de la fracture sociale. Alfredo est le petit-fils du riche propriétaire d’un vaste domaine, Olmo, celui du contremaître de l’endroit. Adultes, ces deux personnages sont campés par Robert De Niro, déjà reconnu alors grâce à Mean Streets et Le Parrain 2, et Gérard Depardieu, star depuis Les valseuses.

L’impressionnante distribution compte en outre Donald Sutherland (dans un personnage de fasciste sadique), Stefania Sandrelli, Burt Lancaster, Dominique Sanda et Laura Betti.

D’abord exploité dans une version réduite en Amérique du Nord, ce film mal-aimé a pu se faire valoir seulement quand la version intégrale — d’une durée de 5 h 17 ! – a pu être accessible aux cinéphiles.

Marqué par des séquences parfois très cruelles, et quelques scènes de sexualité explicites, 1900 prend évidemment le parti des opprimés en quête de justice sociale, mais le dernier acte, plus ambigu, fait aussi écho aux dérives que peut entraîner la mise en place de tribunaux populaires.

À voir sur YouTube et Google Play. Aussi en Blu-ray/DVD.

Hollywood : Lawrence of Arabia (1962)

David Lean

Même s’il s’agit d’une production britannique tournée principalement au Maroc, en Espagne et en Jordanie, Lawrence d’Arabie constitue, dans sa quintessence même, le parfait exemple du grand spectacle cinématographique hollywoodien.

Qui pourrait aujourd’hui s’offrir le luxe de commencer un film en invitant le spectateur à écouter une majestueuse partition musicale en le laissant plongé dans le noir pendant plus de quatre minutes ? Et en répétant le même processus au retour de l’entracte ? C’est pourtant ce qu’a fait Sir David Lean avec la trame de Maurice Jarre avant de se lancer (et de poursuivre dans le cas de la 2e partie) dans l’histoire.

Celle-ci, disent les historiens, est librement inspirée de celle Thomas Edward Lawrence, un officier britannique qui, pendant la Première Guerre mondiale, a incité les Arabes à se révolter contre les Turcs de l’Empire ottoman.

En plus de révéler Peter O’Toole et Omar Sharif, cette fresque, d’une durée de près de quatre heures, lauréate de sept Oscars (dont ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation), se distingue en outre par des scènes visuellement spectaculaires.

Pour mesurer l’ampleur du tournage, disons simplement que le tout s’est étalé sur plus d’un an et a dû faire appel à un millier de figurants, 750 chevaux et 159 chameaux. Lawrence d’Arabie est aussi passé à l’histoire comme étant le plus long film à se déployer sans aucun rôle parlant féminin...

À voir sur Netflix et iTunes. Aussi en Blu-ray/DVD.