Le Festival international du film sur l’art (FIFA) présenté en salle à Montréal ayant été annulé à cause de la COVID-19, l’organisation a décidé de lancer sa 38e édition en ligne à partir de ce mardi. Voici six suggestions de films que les internautes pourront voir jusqu’au 29 mars, à un coût de 30 $ pour l’ensemble des films.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Art on Fire

De Sophia Swire. 92 min. En anglais.

Très beau documentaire sur Burning Man, un rassemblement artistique et pacifique organisé chaque été pendant une semaine dans un désert du Nevada. Sophia Swire a documenté l’érection de quelques-unes des 400 œuvres d’art créées sur place, avant l’arrivée des festivaliers, lors de l’édition de 2018, particulière puisque le fondateur de l’événement, Larry Harvey, venait de mourir. On assiste au travail colossal de construction d’un temple en bois en une journée et demie par quelque 140 volontaires dirigés par un architecte londonien d’origine française, Arthur Mamou-Mani. Le documentaire révèle l’ampleur de la tâche sous une chaleur torride et le vent chargé de sable. Les artistes parlent de leur démarche et on assiste à la clôture du festival quand les deux œuvres principales en bois sont brûlées.

Derouin, Métis des Amériques

De Julie Corbeil. 50 min. En français.

Survol des activités de René Derouin ces dernières années, ce film de Julie Corbeil nous conduit sur les lieux de travail de l’artiste québécois, dans les Laurentides et au Mexique, son deuxième pays. L’historien de l’art Gilles Lapointe présente René Derouin, qui a développé, dit-il, un lexique personnel pour évoquer la nature et démocratiser l’art contemporain. Le graveur et dessinateur parle de sa jeunesse, comment la mort de son jeune frère lui avait donné une urgence de vivre. Le documentaire a été en partie tourné à Mexico, où Derouin a été honoré à la suite de son corpus Le mur des rapaces, créé après qu’il a été choqué par le projet de mur entre le Mexique et les États-Unis décrété par Donald Trump.

Que l’amour

De Laetitia Mikles. 79 min. En français et en arabe sous-titré en français.

Très beau film, touchant, sur Abdel Khelil, arrivé en France à l’âge de 3 ans avec sa mère algérienne et son grand-frère. Employé dans une agence de location de voitures, il tombe amoureux des chansons de Jacques Brel. Tellement qu’il décide de les chanter dans des bars et des petites salles de spectacle. Dans le documentaire, on le suit, il se raconte, parle de ses problèmes d’intégration, de la violence qui l’habitait jeune jusqu’à ce qu’il « mange » du Brel du matin au soir. « Quand Brel chante, ses mots se transforment en peinture, dit-il. Ses chansons sont descriptives. Jeff, on ne l’imagine pas, on le voit. » Attachant et très expressif sur scène, où il se présente avec un costume plutôt sévère, Abdel ne cherche pas à copier le chanteur belge, mais à transmettre à travers lui l’homme qu’il est.

Mouffe, muse et mentore

De Carmel Dumas. 48 min. En français.

Jeune, elle se disait exploratrice. Mouffe dynamise la scène des arts au Québec depuis plus de 50 ans, que ce soit la chanson, le cinéma, ou encore la conception et la mise en scène de spectacles et de galas. Ce documentaire revient sur sa carrière, sa rencontre avec Robert Charlebois. « Je ne suis pas derrière Charlebois, je suis à côté », dit-elle. Sa participation à l’Osstidcho. Ses écritures de chansons, dont Ordinaire et Madame Bertrand pour Charlebois, ainsi que Le mur du son pour Renée Claude. Luc De Larochellière la qualifie de légende. On les voit participer à des ateliers pour jeunes artistes. « Avec des jeunes, on réapprend ce qu’on sait déjà, et c’est formidable », dit Mouffe, qui apparaît dans ce documentaire à la fois humaine, déterminée, dynamique, lucide et généreuse.

Paul Auster – What if

De Sabine Lidl. 52 min. En anglais.

Documentaire destiné aux fans de Paul Auster captivés par son dernier livre, 4321. L’écrivain de Brooklyn explique comment l’idée a surgi et comment cette brique de 1000 pages est reliée à sa vie personnelle. Il évoque sa famille, « où la passion était absente », les lieux de son enfance, au New Jersey, sa participation relative aux émeutes de Columbia, en 1968, et sa vision des États-Unis qui, dit-il, ne se sont jamais remis de la guerre du Viêt Nam, tout comme « l’esclavagisme et l’extermination des autochtones qui sont les deux crimes sur lesquels le pays s’est construit ». La conjointe de Paul Auster, Siri Hustvedt, parle de leur relation, et le cinéaste Wim Wenders déclare que l’auteur de Vertigo est à New York ce que Charles Dickens était à Londres…

Ghost

De Jean-Sébastien Ouellet. 60 min. Sans dialogues.

Ghost n’est pas à proprement parler un documentaire développé sur une expérience, mais le tournage d’une performance de la troupe de danse contemporaine montréalaise Tentacle Tribe. Une chorégraphie où le souffle, la respiration se mêlent parfois à une musique moderne appropriée. Une danse parfois saccadée et robotique, parfois architecturale, parfois au ralenti, faisant alors penser à des mouvements aquatiques. La musique intervient pour ponctuer des mouvements, déclencher des éclosions après des instants d’immobilité. Les jeux d’éclairage sont efficaces et la deuxième partie, surprenante et mystérieuse avec les trois danseuses (Emmanuelle Lê Phan, Victoria Mackenzie, Erika Nguyen) et les trois danseurs (Rahime Gay-Labbé, Elon Höglund, Jean-Pierre Mecdy) vêtus de cotons ouatés noirs. Une chorégraphie très organique tournée de façon discrète. On ne voit pas l’heure passer…

Tous les films sont diffusés sur le site de Festival international du film sur l’art.