(Los Angeles) April Reign se souvient précisément du moment où elle a lancé sur Twitter son mouvement #OscarsSoWhite qui allait secouer les plus prestigieux prix cinématographiques de Hollywood.

Andrew MARSZAL
Agence France-Presse

C’était en janvier 2015. « J’étais à moitié habillée dans mon salon, pour être honnête. J’ai pris mon téléphone et j’ai écrit “#OscarsSoWhite ils ont demandé à toucher mes cheveux”. Et voilà », raconte à l’AFP l’ancienne juriste.

En l’espace de quelques heures seulement, le message, envoyé depuis Washington dans la foulée des nominations aux Oscars où toutes les vedettes sélectionnées étaient blanches, avait fait le tour du monde.

Cinq ans plus tard, ce mot-dièse est devenu le cri de ralliement de ceux qui demandent une plus grande diversité aux Oscars et dans l’industrie du divertissement.

Et le mot-clic a opéré un retour inattendu sur les réseaux sociaux récemment lorsque l’Académie des arts et sciences du cinéma, qui décerne les précieuses statuettes dorées, a dévoilé la liste des candidats.

Hormis la Britannique Cynthia Erivo, tous les acteurs et actrices en lice aux Oscars cette année sont blancs.

Cela n’a pas réellement surpris April Reign, une ancienne spécialiste des financements de campagne qui a quitté son travail pour se consacrer à plein temps à l’intégration et à la représentation des minorités.

« Ça fait maintenant six ans, et chaque année #OscarsSoWhite revient », affirme-t-elle. « J’aimerais en voir le bout, mais cela ne finira que lorsque nous n’aurons plus besoin de parler des problèmes d’intégration et de représentation », ajoute-t-elle.

 Étrangers au sérail

Au-delà du message lancé par Mme Reign sur les Oscars, nombreux sont ceux qui veulent plus largement changer la culture et les habitudes de Hollywood au quotidien, ce que les studios eux-mêmes n’ont pas pu ou voulu faire, affirme-t-elle.

Les militants étrangers au sérail « sont incroyablement importants pour dire “eh oh !, on est là, on veut être représentés », dit April Reign, qui juge « intéressant de s’adresser au pouvoir en place de l’extérieur ».

Des porte-parole comme le chanteur noir Harry Belafonte et l’actrice portoricaine Rita Moreno battent le tambour de la diversité dans l’industrie du spectacle depuis des décennies.

PHOTO ANDY KROPA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Des porte-parole comme le chanteur noir Harry Belafonte (notre photo) et l’actrice portoricaine Rita Moreno battent le tambour de la diversité dans l’industrie du spectacle depuis des décennies.

Mais « la grande puissance indéniable des réseaux sociaux » rend désormais le message virtuellement impossible à ignorer, estime la militante.

Outre ces campagnes électroniques, certains promoteurs de la diversité misent aussi sur la dénonciation des coulisses de l’industrie et autres secrets embarrassants des gardiens du temple.

April Reign, par exemple, met un point d’honneur à toujours rappeler la composition de l’Académie des Oscars : 84 % blanche, 68 % masculine, et des votants qui ne sont pas tenus de voir les films sélectionnés avant de faire leur choix.

« Pourquoi le grand public, qui est par nature très divers, se soucierait-il de ce que les vieux hommes blancs considèrent comme le meilleur film de l’année ? », lance-t-elle, pointant du doigt l’audience en berne de la cérémonie des Oscars.

Les progrès sont lents, mais indéniables. L’Académie a pris des mesures pour élargir le recrutement de ses membres, qui ont pour la première fois été à 50 % féminins en 2019.

Quant aux membres « non blancs » (qui ne sont pas noirs, métis, asiatiques, latino-américains, etc. selon les critères en vigueur aux États-Unis) ils restent certes minoritaires, mais leur nombre a doublé en l’espace de cinq ans.

Cette technique de dénonciation sur les réseaux sociaux fonctionne. Il suffit de voir le succès du mot-dièse « Metoo » employé la première fois par Tarana Burke en 2006 pour dénoncer les abus sexuels et qui a vraiment explosé dix ans plus tard lorsque l’actrice Alyssa Milano l’a repris sur Twitter dans l’affaire Harvey Weinstein.

Plus récemment, un groupe d’auteurs et de créateurs de podcasts de Los Angeles a lancé le mouvement #PayUpHollywood pour réclamer un meilleur traitement des assistants, souvent mal payés et parfois rudoyés.

Le sujet est d’ailleurs au cœur d’un film qui sort fin janvier, The Assistant, avec Julia Garner (Ozark).

« Les gens flippent pour leur réputation », affirme Deirdre Mangan, une auteure membre du mouvement. « Leur identité, la façon dont les gens les perçoivent, c’est la chose la plus carrément importante pour eux », dit-elle, prédisant que jouer sur la honte et la réputation sera le seul moyen « de bousculer et faire changer » les choses à Hollywood.