(Bruxelles) Pour César Diaz, « la distance est essentielle ». À 9000 km de son Guatemala natal, le cinéaste belgo-guatémaltèque de 42 ans évoque la guerre civile qui a ensanglanté le pays d’Amérique centrale, dans un film en lice pour les prix les plus prestigieux du cinéma belge.

Toni CERDÀ
Agence France-Presse

Déjà lauréat de la Caméra d’or 2019 à Cannes, son premier long métrage Nuestras Madres (Nos mères) est six fois sélectionné aux Magritte, ce qui en fait un des favoris de la cérémonie prévue samedi soir à Bruxelles.

Parmi les récompenses possibles figurent celles du meilleur film, de la meilleure réalisation et du meilleur scénario original, au côté notamment du dernier opus de frères Dardenne (Le jeune Ahmed).

Dans ce film, Diaz raconte l’histoire de la recherche des « disparus » de la guerre civile et les massacres perpétrés dans les villages mayas du Guatemala, pays qui compte une forte proportion d’habitants d’origine indigène.

« Si j’avais fait le même film en vivant au Guatemala, je pense que cela aurait été un film beaucoup plus pamphlétaire, beaucoup moins humain », assure le réalisateur dans un entretien avec l’AFP.

Né en 1978 au Guatemala, il a quitté son pays à neuf ans pour rejoindre au Mexique sa mère qui avait déjà fui des années auparavant, car elle était recherchée par la police militaire.

Il n’a aucun souvenir de son père, qui compte parmi ces « disparus politiques » de la guerre.

De son enfance dans cette famille militante, Diaz dit se souvenir « de la peur ressentie, des soldats dans la rue, de Ríos Montt à la télévision » (l’ancien dictateur au pouvoir en 1982-83, NDLR).

Son départ vers le Mexique a été le début d’un voyage qui l’a conduit à traverser l’Atlantique pour étudier le cinéma en Belgique et en France. Avec dans ses bagages, l’histoire de ses premières années qu’il n’a jamais oubliées.

« Cela a marqué ma vie. Tous mes films ont approfondi cette quête familiale et historique », explique Diaz, qui ressent le besoin d’« exorciser » ce passé dans son travail. Avant d’explorer de nouvelles « voies ».

« Point culminant »

En 2010, avec le court métrage Semillas de Ceniza (Graines de cendres), il revient sur le massacre à l’ambassade d’Espagne à Guatemala City en 1980 (37 morts), « le premier moment où les habitants de la ville réalisent qu’il y a une guerre ».

Dans le documentaire Territorio Liberado (2015), il tente de reconstruire la « mémoire » commune avec sa mère. L’exploration de ce passé atteint son « point culminant » avec Nuestras Madres.

Atterrir en Belgique n’était pas une évidence pour le futur cinéaste. C’est son oncle installé dans le royaume qui lui conseille de le rejoindre après son échec pour intégrer l’École de cinéma de Cuba.

Il arrive en 1999, à 21 ans, et étudie l’écriture de scénarios à l’Université libre de Bruxelles (ULB).

« Quand je termine, je me rends compte que personne n’engage de scénaristes », se souvient-il.

Il s’oriente d’abord vers le montage, ce qui lui permettra de collaborer notamment avec son compatriote guatémaltèque Jayro Bustamante.

Sans perdre de vue l’écriture. Après Bruxelles, il poursuit sa formation à Paris à partir de 2009, à la Fémis, où son travail de fin d’études est déjà une ébauche de Nuestras Madres.

Désormais ancré en Belgique, pays où il a fondé une famille, il envisage un prochain film avec pour toile de fond « Bruxelles, en hiver, sous la neige ».

Avant même de décrocher sa place au palmarès des Magritte, il savoure la reconnaissance de ses pairs belges. « Pour moi, c’est surprenant d’être là. C’est un message fort à toute cette vague de nationalismes » qui s’est emparée de l’Europe. « On peut vivre notre identité, sans oublier ce que nous sommes ».