Pour la comédienne, scénariste et réalisatrice Monia Chokri, nouvelle porte-parole des Rendez-vous Québec Cinéma, le cinéma est d’abord un art populaire. Et le public renoue enfin avec le cinéma d’ici. Pour son plus grand plaisir, à un peu plus d’un mois de la tenue du festival.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Foi de Monia Chokri, le cinéma québécois s’est diversifié au cours des deux dernières années, et le public s’en est rapproché. De quoi plaire à cette jeune comédienne, cinéaste et scénariste à qui les Rendez-vous Québec Cinéma (RVQC) ont proposé le rôle de porte-parole de l’édition 2020.

« Je me bats depuis des années pour dire la même chose, dit-elle. Il faut arrêter de penser que le cinéma est un art niché. C’est un art populaire. Ç’a été créé pour le peuple et ce mandat existe toujours. Il est plus simple d’aller au cinéma que de lire un roman. Et souvent, l’écriture cinématographique est en lien avec l’époque dans laquelle nous sommes. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

L’équipe de La femme de mon frère lors du tapis rouge du film avec Sylvain Corbeil, le producteur, Nancy Grant, la productrice, Sasson Gabai, Monia Chokri, la réalisatrice du film et les comédiens Anne-Élisabeth Bossé, Patrick Hivon, Evelyne Brochu et Mani Soleymanlou

Dans cette foulée, l’idée que le cinéma québécois est réservé à l’élite, qu’il est ennuyant, silencieux et sombre est, aux yeux de la cinéaste, une définition en train de s’effacer. Elle donne en exemple le dernier succès québécois en date, Menteur d’Émile Gaudreault et son remarquable box-office de plus de 6 millions de dollars. Ou encore Il pleuvait des oiseaux de Louise Archambault, Matthias et Maxime de Xavier Dolan et Jeune Juliette d’Anne Émond. Elle est, au passage, heureuse des quelque 800 000 $ faits au box-office par son premier long métrage, La femme de mon frère, sorti en 2019 après sa présentation à Cannes.

Je constate que quelque chose change, et les gens se disent que notre cinéma est peut-être aussi pour eux.

Monia Chokri, scénariste et réalisatrice

Elle en a fait le constat sur le terrain en accompagnant son film en tournée au Québec. Ses rencontres avec le public, un exercice qu’elle « adore », ont été gratifiantes et instructives.

« Sans rien enlever aux journalistes, je trouve que les questions reçues en salle autour de mon film ont été extraordinaires. J’ai eu un grand plaisir de rencontrer les spectateurs, que je trouve très futés. Ils posent des questions réfléchies, pointues. C’est étonnant de voir ce que les gens perçoivent et veulent savoir. »

Heureuse de ce rôle de porte-parole des RVQC, elle précise y voir une réjouissante reconnaissance de ses pairs, ce qui n’est pas facile à obtenir, croit-elle. « Avec nos pairs, il y a des enjeux de proximité, parfois de rivalité, de jalousie. Il est donc difficile d’avoir cet aval. Lorsqu’on l’obtient, c’est vraiment touchant. »

Directrice générale des RVQC, Myriam D’Arcy renvoie l’ascenseur. 

Sa fougue, son intelligence, sa vivacité et son immense talent incarnent à merveille les Rendez-vous et s’appliquent parfaitement à notre cinéma.

Myriam D’Arcy, directrice générale des RVQC, à propos de Monia Chokri

Avoir peur ? Bon signe !

Outre les RVQC, deux gros projets attendent Mme Chokri en 2020. D’abord, le rôle-titre dans la pièce Lysis, une création de Fanny Britt et Alexia Bürger d’après Lysistrata d’Aristophane sur les planches du TNM. Suivra à l’été le tournage de Baby-sitter, son deuxième long métrage comme réalisatrice d’après un scénario de Catherine Léger qui adapte ainsi sa propre pièce de théâtre.

« Baby-sitter est une très bonne pièce, très drôle et très acide, comme l’humour de Catherine, résume la comédienne. Ça porte sur le consentement, le rapport du désir, ce qu’on peut faire, dire, ne pas dire. Elle est très d’actualité et questionne bien ces enjeux. »

La cinéaste convient que le fait de ne pas signer le scénario la sort de sa zone de confort, ce qu’elle qualifie d’effrayant. « Mais pour moi, le fait d’avoir peur est une bonne affaire. »

Et Lysis ? Monia Chokri est habitée du même sentiment. Mais, depuis la pièce Peepshow jouée en solo à l’Espace Go en 2015, elle n’était pas retournée au théâtre. « En plus, ce sera une première pièce pour moi au TNM. Alors j’ai accepté ce gros défi, car j’ai envie de retourner sur les planches. »

Les 38es Rendez-vous Québec Cinéma auront lieu du 26 février au 7 mars avec le film Les nôtres de Jeanne Leblanc en ouverture. La programmation complète sera dévoilée le 11 février.

> Consultez le site des Rendez-vous Québec Cinéma