Il y a des films, comme ça, qui sonnent vrai. Marriage Story, nommé pour six Golden Globes, est de ceux-là. Des histoires d’amour, puis de désamour, qui résonnent au plus profond de nos cœurs (tendres), tantôt comblés, tantôt écorchés. Parce qu’on a tous aimé furieusement, passionnément, puis plus du tout, quatre films nous le rappellent. Âmes sensibles ne surtout pas s’abstenir.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Marriage Story : ils vécurent heureux, eurent un enfant, puis divorcèrent

Le réalisateur s’est inspiré ici de son propre divorce, et ça paraît. Marriage Story, signé Noah Baumbach, ce film de Netflix dont on n’a pas fini d’entendre parler, raconte l’histoire suprêmement banale d’une rupture : ils se sont tendrement aimés, ont eu un enfant, puis se sont douloureusement quittés. C’est que dans cette banalité, cette tendre et déchirante banalité, tout est juste : le ton, les dialogues, les silences, les crises, surtout, jusque dans les moindres détails, tout sonne vrai. Du menu du déjeuner à commander au lacet de soulier détaché, en passant par la fête de l’Halloween à partager, on vit et on revit cette complicité d’hier, et cette étrangeté aujourd’hui. Et c’est ce qui fait toute la beauté du film mettant en scène Scarlett Johansson et Adam Driver, un couple beau à pleurer, qui vous feront à la fois rire et verser une larme (ou deux ou trois) à la fois.

Sur Netflix.

Blue Valentine : vie et mort d’un couple boiteux

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Blue Valentine

L’un des films les plus déchirants sur la (fin) de la vie de couple, sorti le 14 février 2011. Le réalisateur Derek Cianfrance nous fait le récit de la naissance et de l’agonie de la relation amoureuse de Dean et Cindy (brillants Ryan Gosling et Michelle Williams), dans des allers-retours où les scènes d’amour et de crises se superposent (sur une période de six ans). Rien dans leurs premiers pas amoureux (tellement émouvants) n’annonce la suite, tragique. Dans la scène de l’ukulélé, où Dean fait danser son amoureuse, ces deux êtres incarnent tout ce qu’il y a de plus beau en amour. Mais la tourmente les rattrape… Rappelez-vous la scène tournée dans une chambre de motel louée par Dean, qui cherche (en vain) à raviver la flamme. Dans un geste inoubliable, Cindy repousse ses avances en grimaçant, répugnée par son simple toucher. Elle finira par s’enfermer dans la salle de bains… Comment est-ce possible d’en arriver là ? Un film tout simplement bouleversant.

Sur Google Play Films, iTunes ou en DVD.

Before Midnight : dialogues autour d’un coup de foudre

Troisième d’une série de trois, Before Midnight met en scène un couple que les fans finis connaissent, aiment et châtient bien. Julie Delpy (Française devant l’éternel) et Ethan Hawke (l’Américain intello) forment un duo aux conversations sans fin, avec un je-ne-sais-quoi de Woody Allen dans leurs interrogations, réflexions et infinies remises en question. Dirigés par Richard Linklater (à qui l’on doit l’excellent Boyhood), le couple joue, improvise et intellectualise tout : l’amour, le temps, l’engagement. Après les avoir découverts dans Before Sunrise (1995), lors d’un furtif coup de foudre dans un train, retrouvés dans Before Sunset (2004), lors d’un bref et électrique séjour à Paris, on les rattrape enfin ici, à 40 ans, avec leurs enfants, en vacances sur une île grecque. Le temps a fait son temps, comme on dit, et les dialogues, toujours aussi justes, sont aussi terriblement prévisibles. Car les amoureux d’hier ont perdu leur fougue. Ils sont usés. En plus de dialoguer, ils se déchirent. Et c’est déchirant, justement.

Sur Google Play Films, iTunes ou en DVD.

Nuit #1 : huis clos sulfureux

Il s’agit du premier long métrage d’Anne Émond, sorti en 2011. La scène d’ouverture nous plonge immédiatement dans l’intimité crue d’un couple, Clara et Nicolaï (Catherine de Léan et Dimitri Storoge). Rencontrés dans un rave, les deux fêtards concluent la soirée dans l’appartement de Clara. Une rencontre sexuelle, sans dialogues ni émotion. Ils ne savent absolument rien de l’autre, mais visiblement, ils sont physiquement compatibles, même si l’amour est ici mécanique. Après d’intenses ébats sexuels, la curiosité s’installe. Et si cette rencontre était plus qu’une simple histoire de cul ? Et s’il y avait là le germe d’une véritable histoire d’amour ? La cinéaste a créé un huis clos bergmanien, très théâtral, où nos deux naufragés se confient l’un à l’autre au compte-gouttes. Un film assez noir (il pleut d’ailleurs toute la nuit), avec une ambiance « no future », qui révèle le désenchantement d’une génération qui se méfie des contes de fées amoureux. Surtout, qui est hésitante à prendre le risque de se lancer corps… et âme, pour ne pas se blesser.

En DVD à la Grande Bibliothèque ou en magasin.