Quels événements ont marqué les dix dernières années dans le monde cinématographique?

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Xavier Dolan

En 2009, Xavier Dolan était parfaitement inconnu des cinéphiles. Dix ans plus tard, il est, à l’instar de Denis Villeneuve et de Jean-Marc Vallée, la figure emblématique du cinéma québécois. Au-delà de ses huit longs métrages, au-delà des récompenses glanées un peu partout, le réalisateur de Mommy a galvanisé une toute nouvelle génération de créateurs, au Québec et partout ailleurs. La comédienne Rose-Marie Perreault résume probablement le mieux l’impact de celui que la presse française a souvent qualifié de « prodige » et de « génie ». « J’ai tué ma mère, que j’ai vu à 14 ans, m’a donné envie de faire ce métier. En faisant rayonner le Québec mondialement, Xavier Dolan a en quelque sorte ouvert le chemin aux artistes de ma génération, à leurs idées de grandeur ! »

La parité

PHOTO JOEL C RYAN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

En mai 2018, à Cannes, 82 femmes ont monté les marches du Palais des festivals.

Les femmes ont parlé pour réclamer l’atteinte de la parité dans tous les postes clés (réalisation, scénarisation, premiers rôles) du cinéma. « Les 82 femmes qui ont monté les marches du Palais des festivals à Cannes en 2018 furent un moment médiatique marquant en ce sens », dit la réalisatrice Patricia Chica. Au pays, Téléfilm, l’Office national du film (ONF) et la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) visent à atteindre la parité dans les rôles créatifs clés en 2020. Directeur général du Festival du nouveau cinéma (FNC), Nicolas Girard Deltruc estime que le Québec est à l’avant-garde. « Pour notre dernière édition, nous n’avons eu aucune difficulté à arriver à la parité dans notre sélection de films », dit-il.

Le mouvement #moiaussi

PHOTO SHANNON STAPLETON, REUTERS

Harvey Weinstein

Il y a eu un avant et un après #moiaussi, mouvement né 10 jours après la publication (le 5 octobre 2017) du premier article du New York Times sur l’affaire Weinstein. « If you’ve been sexually harassed or assaulted write ‟me too” as a reply to this tweet », a écrit la comédienne Alyssa Milano sur Twitter. « Bien que de nombreux mouvements de femmes dans les décennies précédentes aient déjà établi les fondations de ces revendications, c’est sans aucun doute l’affaire Weinstein qui a le plus contribué à activer l’avancement rapide pour la reconnaissance de la place des femmes dans le cinéma, et la société en général », dit Patricia Chica.

L’affaire Claude Jutra

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

À la suite des allégations de pédophilie envers le cinéaste Claude Jutra, son nom est disparu de l’espace public, que ce soit au gala du cinéma québécois ou dans la toponymie (salles, rues, parcs).

Dix-huit mois avant que l’affaire Weinstein ait des répercussions internationales, les allégations de pédophilie envers le cinéaste Claude Jutra, mort en 1986, ont secoué le Québec. En février 2016, l’auteur Yves Lever a publié une biographie de Claude Jutra faisant état de la pédophilie du cinéaste. Dans les jours qui ont suivi, La Presse a rapporté deux témoignages, dont celui du scénariste Bernard Dansereau, attestant ces dires. Très rapidement, le nom de Claude Jutra est disparu de l’espace public, que ce soit au gala du cinéma québécois ou dans la toponymie (salles, rues, parcs). Seule la ville de Repentigny a conservé une place Claude-Jutra.

Le Québec aux Oscars

PHOTO FOURNIE PAR MICRO_SCOPE

Mélissa Désormeaux-Poulin dans une scène du film Incendies, de Denis Villeneuve

Dans les 10 dernières années, les films québécois ont forgé une identité qui leur est propre et reconnaissable à l’échelle internationale. Leur présence aux Oscars, point de chute après des mois en festivals, en est le meilleur exemple. Ainsi, les longs métrages Incendies de Denis Villeneuve, Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau et Rebelle de Kim Nguyen sont finalistes aux soirées des Oscars de 2011, 2012 et 2013. À cela s’ajoutent les courts métrages des réalisateurs Yan England, Patrick Doyon, Torill Kove, Theodore Ushev, Marianne Farley et Jérémy Comte. « Cela démontre que nous sommes arrivés à une certaine maturité », résume Nicolas Girard Deltruc, du FNC.