(Los Angeles) À peine remis des scandales d’abus sexuels et du mouvement #metoo, Hollywood a cette année fait de la masculinité toxique l’un de ses thèmes de prédilection, comme les difficiles relations père-fils habilement explorées par Waves, film indépendant remarqué par les critiques et qui pourrait se frayer un chemin jusqu’aux Oscars.

Andrew MARSZAL
Agence France-Presse

Le Joker ou Ad Astra de Brad Pitt ont déjà évoqué les dégâts que peuvent infliger certains pères à leur fils, mais aucun n’a pris à bras-le-corps le sujet de la figure paternelle écrasante autant que Waves, du jeune réalisateur américain Trey Edward Shults.

« Aventure intimiste » pour le Hollywood Reporter, « coup de poing » expressionniste pour le New York Times qui loue ses qualités cinématographiques, le film décrit la vie bien réglée d’une famille noire aisée de Miami à qui tout semble sourire. Une routine qui s’effondre soudainement et tourne à la « tragédie ultime » lors d’un enchaînement d’incidents qui paraîtraient presque banals pris isolément.

Trey Edward Shults s’est inspiré de son propre beau-père pour dépeindre le strict patriarche qui pousse son rejeton à toujours s’entraîner davantage, obsédé par sa réussite sportive. Cette pression excessive aboutira à une impressionnante blessure lors d’un match de lutte au lycée qui enclenchera la descente aux enfers de toute la famille.  

« C’est une mise en garde contre l’idée qu’on se fait traditionnellement de la virilité », explique le réalisateur. « Nous n’avons pas besoin de nous construire cette carapace extérieure, nous pouvons être vulnérables, nous pouvons communiquer », insiste-t-il.

Waves est comparé par certains à la « Génération rebelle » à l’ère d’Instagram. Le film est produit par A24, petit studio indépendant qui avait déjà signé Moonlight, Oscar du meilleur film en 2017.

Pour forger son personnage principal, Trey Edward Shults s’est aussi servi des longs échanges qu’il a eus avec l’un de ses comédiens fétiches, Kelvin Harrison, dont le père musicien a désespérément essayé de lui faire suivre ses traces.

« On faisait ce genre de séances de thérapie intenses, il parlait de l’état d’esprit de son père, du père de son père… », se souvient le réalisateur.

« Libérateur, mais dur »

Un autre moment poignant de Waves est directement tiré la vie de Trey Edward Shults, lorsqu’un protagoniste du film refuse de se rendre au chevet de son père mourant, avec lequel il a rompu tout contact depuis des années, et se retrouve presque traîné de force à l’hôpital par sa petite amie.

Tourner cette scène a été « terrifiant », lâche-t-il. « C’était comme une peur qui vous prend le ventre et vous remplit, vous fait revivre un grand traumatisme… C’était libérateur. Mais c’était dur ».

Le film a suscité un début de controverse car il met en scène une famille noire alors que son réalisateur est un jeune blanc de 31 ans originaire du Texas.

Trey Edward Shults reconnaît que l’expérience a été intimidante et « une grosse responsabilité », mais il affirme avoir eu l’idée de cette histoire sans penser particulièrement à la couleur des protagonistes.  

Les thèmes du film sont universels, la famille et la douleur, insiste le réalisateur. L’aspect racial n’est selon lui que secondaire même si lors d’une scène, le patriarche campé par Sterling K. Brown ( This Is Us ) assène à son fils : « On ne peut pas se payer le luxe d’être dans la moyenne ».

« Ça vient entièrement de Kel (vin Harrison) et de son père. Ils ont eu exactement cette conversation », affirme le réalisateur.

Il assure que le choix d’une famille noire s’est vraiment imposé lorsque le jeune, qu’il avait révélé au public dans son précédent film, It Comes At Night, a dit souhaiter jouer dans Waves.