(Paris) Sorti mercredi dernier en France, le film de Roman Polanski J’accuse draine les foules et a pris la tête du box-office hebdomadaire, mais l’indignation ne retombe pas après les récentes nouvelles accusations de viol contre le réalisateur.

Agence France-Presse

Le thriller historique du Franco-Polonais sur l’affaire Dreyfus, un scandale politico-judiciaire majeur sur fond d’antisémitisme à la fin du XIXe siècle, a attiré plus de 500 000 spectateurs pour sa première semaine en salle, selon le classement de CBO Box Office mercredi.

Programmé sur 545 écrans en France, J’accuse devance le film américain à gros budget Ford vs Ferrari, et fait « le meilleur démarrage de la carrière » du réalisateur.

Paradoxalement, ces bons chiffres vont de pair avec une controverse qui ne s’éteint pas depuis les nouvelles accusations de viol contre Roman Polanski, juste avant la sortie de son film, et le cinéaste se retrouve pour la première fois de sa carrière menacé par des sanctions de ses pairs en France.

Toujours poursuivi par la justice américaine pour des relations sexuelles illégales avec une fille de 13 ans il y a 40 ans, accusé de viol ou d’agression à quatre reprises par d’autres femmes, Polanski a de nouveau été mis en cause par une photographe française, Valentine Monnier, qui affirme avoir été « rouée de coups » et violée par le réalisateur en 1975, alors qu’elle avait 18 ans.

Son témoignage a fissuré pour la première fois son aura dans le milieu du cinéma français, régulièrement soupçonné de mansuétude envers lui, et relancé un débat récurrent en France sur la distinction entre l’homme et l’œuvre.

Appels au boycottage

J’accuse est donc sorti en pleine polémique. Le plan de promotion du film a complètement déraillé — l’acteur principal Jean Dujardin annulant un passage à la télévision, une émission radio ayant été déprogrammée — et une avant-première a été annulée à Paris en raison d’un blocage par des féministes.

Un hashtag #BoycottPolanski est aussi apparu sur les réseaux sociaux, tandis que plusieurs personnalités ont indiqué qu’elles n’iraient pas voir le film, comme la secrétaire d’État chargée de l’Égalité femmes-hommes Marlène Schiappa ou la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye.

Une importante organisation de cinéastes, la Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs (ARP), a proposé lundi soir de nouvelles règles pour ses membres condamnés ou poursuivis pour des violences sexuelles, ce qui devrait conduire à la suspension du réalisateur.

Mercredi, une collectivité regroupant neuf communes de Seine–Saint-Denis, un département de région parisienne, a finalement renoncé, après une levée de boucliers, à demander la déprogrammation du film.

« Je maintiens la programmation de J’accuse en demandant qu’il y ait des débats qui accompagnent la diffusion du film », a déclaré le président socialiste de la collectivité, Gérard Cosme, tout en rappelant qu’« à titre personnel », il appelait à ne pas aller voir le film.

Après sa demande de déprogrammation, des directeurs des six cinémas concernés avaient dénoncé une « censure », et l’avocat de Polanski, Hervé Temime, s’était dit « atterré ».

Mais l’indignation est loin d’être éteinte.

Illustrant les différences de perception entre la France et les États-Unis, où M. Polanski n’est jamais retourné depuis plus de 40 ans pour ne pas risquer d’être arrêté, le succès de J’accuse en France a indigné la fondatrice de Women and Hollywood, un site plaidant pour une plus grande représentation des femmes dans l’industrie cinématographique.

« Le film de Roman Polanski en tête du box-office… C’est quoi ce bordel, France ? », a tweeté lundi Melissa Silverstein, fondatrice du site.