Le lancement d’un coffret de 200 courts métrages et deux événements au Festival du nouveau cinéma marquent les 15 ans du Wapikoni mobile, organisme voué à la création visuelle chez les Premières Nations. Or, derrière l’art se cache une valeur inestimable : le sentiment d’accomplissement, dit la directrice générale Odile Joannette.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Faire du cinéma est un art. C’est aussi une façon de témoigner, d’éduquer, de documenter. Chez les Premières Nations, faire du cinéma et de la vidéo est en outre vecteur d’accomplissement et de transformations sociales comme sociétales.

C’est ce que soutient Odile Joannette, directrice générale de l’organisme Wapikoni mobile, dont elle a pris la direction il y a 18 mois des mains de la fondatrice, et toujours présidente, Manon Barbeau.

« On doit créer des étincelles, dit Mme Joannette, une Innue de Pessamit qui a travaillé 10 ans à l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador. Un de nos buts est d’amener nos participants à croire en leur capacité, à s’exprimer sur quelque chose et à utiliser l’art pour le faire. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Odile Joannette est directrice générale du Wapikoni mobile.

Au terme de leur tournage, leur sentiment de satisfaction et d’accomplissement est tellement fort que ça en fait des citoyens plus engagés, que ce soit dans le cinéma, les arts, leur quotidien et tous les éléments de leur vie.

Odile Joannette, directrice générale du Wapikoni mobile

Le lancement, ces jours-ci, d’un coffret de quelque 200 courts métrages signés par des artisans du Wapikoni est sans doute l’un des meilleurs témoins de la mission de l’organisme et du chemin parcouru. Les films du coffret sont regroupés en cinq grands thèmes : « Vérité et réconciliation », « Femmes », « Culture d’hier à aujourd’hui », « Nouvelle génération » et « Société ». Chacun des DVD est accompagné d’une préface.

Le spectateur va retrouver, dans plusieurs des films proposés, l’expression de blessures et de colère face au passé. Mais il n’y a pas que cela. Il y a des moments drôles tout comme un regard des autochtones sur leur propre culture, leur histoire, etc. 

« Le propos est différent quand ça vient d’eux, croit Odile Joannette à propos des participants et de leurs œuvres. Ils présentent leur réalité, leur vécu. Cela permet à l’auditoire d’être touché et sensibilisé à leur réalité. Ça ouvre à l’autre. Oui, on a des différences [entre Blancs et Premières Nations], mais on a aussi beaucoup de réalités en commun. Et on oublie de se le rappeler. »

PHOTO FOURNIE PAR WAPIKONI MOBILE

Une scène du film Nous nous soulèverons, offert dans le coffret du Wapikoni mobile

5000 participations

Chaque année, avec ses studios ambulants, ses équipements et son personnel formateur, dont plusieurs cinéastes professionnels, le Wapikoni part à la rencontre des communautés autochtones du Québec, mais aussi du Canada et même de quelques autres pays.

« Depuis les débuts, nous avons enregistré 5000 participations », dit Odile Joannette.

Au total, nous avons produit 1200 œuvres de cinéma et 800 pièces musicales ou vidéoclips. Et chaque année, nous obtenons quelque 300 inscriptions de nos films en festival.

Odile Joannette

Au fil des ans, plusieurs participants se sont découvert un nouveau talent et ont poursuivi leur travail dans le domaine, que ce soit à l’intérieur des ateliers de perfectionnement du Wapikoni ou dans des institutions extérieures.

Et l’avenir, dans tout ça ? « Il faut consolider tout ce qu’on fait, répond Mme Joannette. La distribution et la diffusion constituent aussi des enjeux importants. Il faut que les œuvres circulent. Plus elles circuleront, plus nous serons en mesure de créer un pont entre les peuples et entre les générations. »

>> Lancement des courts métrages de la cuvée 2018-2019 du Wapikoni au cinéma Impérial le 10 octobre à 19 h 30

>> Rétrospective 15 ans de Wapikoni au cinéma du Musée le 11 octobre à 19 h

Consultez le site du Festival du nouveau cinéma