(Toronto) Les longs métrages québécois francophones sont peu nombreux cette année au TIFF, mais chacun d’entre eux fait sa marque d’une façon ou d’une autre. Après Il pleuvait des oiseaux, qui a suscité un bel engouement, c’était au tour d’Antigone, de Sophie Deraspe, et de Kuessipan, de Myriam Verreault, de se faire valoir.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Choisir une tragédie grecque de Sophocle, Antigone, la transposer librement dans un environnement contemporain en utilisant les mêmes prénoms pour les personnages, aborder au passage des thèmes sensibles qui abordent frontalement des enjeux de société très actuels, voilà qui relève d’un pari un peu fou.

Ce nouveau long métrage de Sophie Deraspe (Les signes vitaux, Les loups), inspiré par un texte vieux d’environ 2500 ans, est d’une pertinence indéniable et évoque de façon percutante la réalité de l’immigration dans le Montréal d’aujourd’hui.

La vie d’Antigone, une étudiante talentueuse qui a émigré au Québec avec les siens après avoir vécu une tragédie dans son pays d’origine, bascule le jour où l’un de ses frères est victime d’une bavure policière. Cette onde de choc entraînera une profonde remise en question au sein de la famille, et une volonté de sacrifice de la part de la jeune femme, alors qu’un autre frère est arrêté pour trafic de drogue.

Nahéma Ricci, étoile montante

Antigone, c’est Nahéma Ricci. Sa performance, puissante, lui vaut d’avoir été choisie par les organisateurs du festival pour être l’une des quatre « étoiles montantes » du TIFF. Rencontrée plus tôt cette semaine, l’actrice était ravie, d’autant que cette nomination lui permet d’avoir accès à des ateliers avec des professionnels.

« Je crois que les organisateurs ont une véritable volonté de promouvoir le cinéma canadien et de créer une espèce de star système à travers ce genre de programme, indique-t-elle. Nous sommes invités à des ateliers, très intéressants pour moi parce que je ne suis pas passée par une école professionnelle. C’est comme si, à travers ces notions théoriques, on mettait des mots sur des choses que j’avais découvertes par moi-même, instinctivement. »

Son personnage d’Antigone, sur lequel repose pratiquement tout le film, Nahéma Ricci l’a obtenu à la suite d’un casting « sauvage », lancé pour combler tous les rôles du film. Une longue série d’auditions a suivi.

« J’ai tellement vécu ce rôle de l’intérieur que je n’avais pas vraiment conscience de ce qu’on était en train de faire. Quand j’ai vu le film, j’ai été complètement bouleversée. C’était la première fois que je vivais l’histoire d’un même souffle. Je suis vraiment fière de ce film parce que l’histoire qu’on y raconte est vraiment importante. »

Antigone prendra l’affiche en salle le 8 novembre.

Kuessipan, ou raconter à son tour

Après la première projection de Kuessipan, entourée de l’équipe du film, l’autrice Naomi Fontaine, visiblement émue, a expliqué au public torontois qu’on pourrait traduire Kuessipan par « à toi, et à moi », comme s’il s’agissait d’un échange entre deux personnes. « C’est comme si on disait : à mon tour de raconter mon histoire », a-t-elle précisé.

Là réside la plus belle qualité de ce nouveau film de Myriam Verreault qui, 11 ans après avoir coréalisé À l’ouest de Pluton, revient au cinéma en évoquant, sans tomber dans les clichés, l’histoire de deux amies inséparables, Mikuan (Sharon Fontaine-Ishpatao) et Shaniss (Yamie Grégoire), qui ont grandi dans une communauté innue. Leur amitié est cependant mise à l’épreuve quand leurs parcours respectifs semblent vouloir emprunter des directions différentes. D’autant que l’une est tombée amoureuse d’un Blanc et compte aller vivre dans la grande ville.

Ce film, tourné dans la communauté d’Uashat Mak Mani-Utenam ainsi qu’à Sept-Îles (les images de Nicolas Canniccioni rendent bellement justice à la région), donne ainsi à voir une réalité qu’on ne voit pratiquement jamais. « Tout ce que je voulais, c’était de montrer qui on est », a déclaré Naomi Fontaine.

Kuessipan sortira en salle au Québec le 4 octobre.