(New York) L’affaire Harvey Weinstein, qui a déclenché le mouvement #metoo, a fait couler beaucoup d’encre. Deux ans après, deux journalistes du New York Times, à l’origine des premières révélations, reviennent sur les complicités qui ont permis au producteur déchu de sévir des années durant dans un nouveau livre à paraître mardi.

Agence France-Presse

Dans cet ouvrage intitulé She said : breaking the sexual harassment story that helped ignite a movement, publié chez Penguin Press, les deux journalistes, Jodi Kantor et Megan Twohey, auteures début octobre 2017 des premières révélations sur le comportement de prédateur sexuel du puissant producteur de cinéma, expliquent comment elles ont mené l’enquête et comment Harvey Weinstein a tenté de l’entraver.

Elles reviennent sur plusieurs personnalités qui auraient fermé les yeux ou facilité le comportement du producteur, selon des extraits publiés par la presse américaine.

Elles retranscrivent aussi une lettre de 2015 du frère d’Harvey, Bob Weinstein, dans laquelle il suppliait son frère de se faire soigner pour sa « mauvaise conduite » et lui reprochait de « faire honte à la famille et à l’entreprise », selon le New York Times.

Bob Weinstein a expliqué aux auteures s’être fourvoyé en ayant longtemps pensé que son frère souffrait de dépendance au sexe, et avoir renoncé à le réformer.

Le livre épingle également deux avocates célèbres pour leur défense des victimes d’agressions sexuelles, Gloria Allred et sa fille, Lisa Bloom.

La première est mise en cause pour avoir négocié en 2004 un accord à l’amiable entre M. Weinstein et une victime présumée, prenant au passage 40 % du montant négocié, selon le New York Times.

Ces accords par lesquels les accusatrices s’engageaient à ne pas divulguer leurs allégations sont l’un des facteurs qui ont permis à Harvey Weinstein de sévir des années durant.

Lisa Bloom est, elle, épinglée pour avoir proposé à Harvey Weinstein de mettre son expérience au service de victimes d’abus sexuels pour mieux nuire à ses accusatrices. L’avocate de Los Angeles a depuis indiqué « regretter » avoir représenté le producteur.

Alors que le procès très attendu d’Harvey Weinstein a été reporté à janvier 2020, d’autres livres liés au mouvement #metoo sont attendus prochainement, dont un récit de Ronan Farrow, le journaliste du New Yorker qui a contribué à révéler l’ampleur du scandale Weinstein, qui doit paraître en octobre chez l’éditeur Little, Brown and Company.

Jodi Kantor, Megan Twohey et Ronan Farrow ont reçu en 2018 le prix Pulitzer dans la catégorie du « journalisme de service public », pour leurs enquêtes sur Harvey Weinstein.