(Toronto) Un film peut changer une vie. Ce fut le cas pour Ça, projet en deux volets du réalisateur d’origine argentine Andy Muschietti et de sa sœur productrice Barbara (connus surtout pour le film Mama en 2013), dont le second chapitre va prendre d’assaut les écrans.

Chantal Guy Chantal Guy
La Presse

La semaine dernière, le frère et la sœur enchaînaient les interviews au Storm Crow Manor, considéré comme le « bar le plus nerd de Toronto » avec ses décorations de films d’horreur. « Nous avons travaillé pendant cinq ans sur ces deux films, alors oui, ça a changé notre vie », confirme Andy, tandis que sa sœur renchérit, avec un sourire : « Nous avons perdu tous nos amis… »

PHOTO CHRIS PIZZELLO, ARCHIVES INVISION/ASSOCIATED PRESS

Andy Muschietti, réalisateur de Ça et de Ça : Chapitre 2

Le Ça d’Andy Muschietti est-il la meilleure adaptation de tous les romans de Stephen King, qui ont été nombreux à être transposés au cinéma ? Ça se discute ferme. Mais elle est certainement la plus populaire. En 2017, Ça (It en anglais) est devenu, contre toute attente, le plus grand succès de l’histoire du cinéma d’horreur. Plus de 700 millions au box-office mondial, pour un budget original de 35 millions — c’est du profit, Ça.

Outre le fait que Ça est le titre de roman le plus chiant à ploguer dans une conversation ou un article depuis 1986 — pour en parler, les italiques deviennent cruciaux de même que les guillemets avec les doigts, sinon bonjour la confusion —, c’est aussi le grand best-seller de Stephen King, souvent le premier livre de plus de 1000 pages que des ados ont lu avec la fierté nouvelle de se rendre jusqu’à la fin d’une grosse brique.

Cette histoire d’une bande de gamins qui s’aiment les uns les autres dans une ville vampirisée par Pennywise, une créature maléfique prenant l’apparence d’un clown, a touché plusieurs cordes sensibles chez beaucoup de lecteurs et continue de le faire par le truchement du cinéma.

En 2017, quand je suis allée voir Ça, je n’espérais rien de particulier. Dans les films tirés des livres de King, il y a du meilleur (The Shining, Carrie, Stand By Me, Dead Zone, Christine) et du pire (Cujo, Firestarter, Maximum Overdrive, ce dernier réalisé par King lui-même).

Mais j’avais été agréablement surprise, il y avait de tout pour plaire à tout le monde dans ce film à pop-corn, à commencer par une distribution de jeunes comédiens inconnus et absolument irrésistibles.

« Je crois que ce qui a fait la différence est l’amour pour l’histoire et les personnages, dit Andy Muschietti. J’apprécie ce livre depuis que j’ai 14 ans. » Stephen King lui-même, séduit par la proposition éclatante des Muschietti, a une petite apparition dans ce chapitre deux, ce qui a ravi Andy et Barbara, car il paraît que le roi de l’horreur est vraiment cool sur un plateau. « Il a un grand sens de l’humour », note le réalisateur.

PHOTO FOURNIE PAR LE STUDIO WARNER BROS.

Une scène de Ça : Chapitre 2

Le défi du casting adulte

Même si les membres du Club des ratés ont grandi, l’humour a été conservé dans leur passage à l’âge adulte. « Ça fait partie du monde de Stephen King et de la vraie vie, croit Andy Muschietti. La vraie vie n’est pas que du drame, et c’est ce qui est tellement attirant dans les histoires de King. » « C’est aussi ce qui permet de respirer », estime Barbara.

Ça : Chapitre 2 se déroule 27 ans après les événements du premier film où les Ratés s’étaient tous promis de revenir à leur ville natale de Derry si Pennywise (Bill Skarsgard) recommençait à faire des siennes. Seul Mike (Isaiah Mustafa) est resté à Derry et recontacte la bande quand de nouvelles victimes apparaissent. Chacun réagit violemment à ce coup de fil, car ils ont presque tout oublié de ce passé terrifiant. Nous assistons donc à la réunion de la rouquine Beverly (Jessica Chastain), du tourmenté Bill (James McAvoy), du rigolo Richie (Bill Hader), du joufflu devenu mince Ben (Jay Ryan) et de l’hypocondriaque Eddie (James Ransone). Stanley (Andy Bean) manquera à l’appel, incapable d’affronter « ça » de nouveau.

Le grand défi de ce casting, sur lequel les fans n’ont pas cessé d’exprimer leurs désirs et leurs suggestions depuis deux ans, était de conserver la chimie du Club des ratés, ces ados martyrisés autant par Pennywise que par les habitants de la ville glauque de Derry.

Vous devez vous soucier des personnages, car il y a un engagement émotionnel qui doit être fait avant même de faire peur. Les attentes étaient très élevées après le premier film, parce que le public a beaucoup aimé les Ratés.

Andy Muschietti, réalisateur

Comme il y a des flash-back de leur enfance (des événements nouveaux que nous n’avons pas vus dans le premier film), les jeunes acteurs sont de retour, et le réalisateur a voulu que les comédiens adultes les observent dans le premier film pour les incarner. On doit dire que du lot, c’est James Ransone dans la peau d’Eddie qui vole littéralement le show. Il est la copie conforme, autant physique que dans ses mimiques, du jeune acteur Jack Dylan Grazer, c’en est hallucinant.

La présence de Xavier Dolan

Impossible de passer à côté : il y a une petite dimension locale à ce deuxième chapitre avec la présence de Xavier Dolan au générique. Le réalisateur et comédien québécois a exprimé sans retenue en 2017 sur Instagram son amour inconditionnel pour Ça. Et ça lui a valu le rôle d’Adrian Mellon. Petit, mais essentiel pour comprendre le caractère vénéneux de la ville de Derry – et, pourquoi pas, de l’Amérique. Vous n’aurez pas à le chercher longtemps, car il ouvre le film, et annonce le retour de Pennywise. Une attaque homophobe dont profite la créature pour se nourrir, inspirée dans le roman de King par le meurtre bien réel en 1984 de Charlie Howard à Bangor, ville du Maine.

« Nous avons rencontré Xavier par Jessica Chastain, raconte Andy. Nous avions rendez-vous dans un club chic de Los Angeles qui avait un code vestimentaire, et il s’est présenté en t-shirt, ils ne pouvaient le laisser entrer. Nous l’avons ensuite revu à plusieurs occasions et dans une fête, il a exprimé son amour pour le premier film, et nous a dit que si nous avions un rôle pour lui, il voulait être dans le prochain film. Je lui ai donné le rôle de Mellon. »

« Il réalisait le film Matthias et Maxime, se souvient Barbara. L’horaire était impossible. »

Il a arrêté son tournage pour une semaine. Personne dans le monde n’aurait fait une chose pareille et il l’a fait. Et il a aussi dû changer sa couleur de cheveux !

Barbara Muschietti, productrice

Maintenant, est-ce que cette suite, qui est plutôt le deuxième chapitre, est à la hauteur ? Il est difficile de battre l’étonnement offert par le premier film, la beauté du côté tissé serré du groupe de kids, la cruauté dépeinte du monde dans lequel grandissent les enfants, d’autant plus que ce chapitre deux, d’une durée de presque trois heures, est constitué de jeux temporels (comme dans le roman), d’une distribution d’acteurs dédoublée, d’effets spéciaux multipliés, dans une envie de prendre tout « ça » à bras-le-corps (mais non, la scène d’orgie n’y est pas). En tout cas, Ça fera, peu importe, un carton, parce que le public a adopté le Club des ratés.

It : Chapter Two (VF : Ça : Chapitre 2) prend l’affiche dès demain.