L’organisme Téléfilm Canada s’est entendu sur les conditions de départ de trois de ses hauts dirigeants qui, à la fin d’avril, avaient été abruptement congédiés pour des raisons associées à la gestion d’un programme de production, geste qui avait soulevé l’ire de toute l’industrie cinématographique.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Dans un avis à l’industrie coiffé du titre « Téléfilm apporte la précision suivante », l’organisme a annoncé qu’un « accord [avait] été conclu avec Michel Pradier, Denis Pion et Roxanne Girard à la satisfaction de toutes les parties ».

L’avis avait été diffusé en juin, mais était passé sous le radar des médias.

Dans son texte comptant trois paragraphes, Téléfilm ajoute : « Sans admission de responsabilité de quelque nature que ce soit, l’organisation désire en outre préciser que la raison du départ des employés est une fin d’emploi sans cause. Afin de respecter la vie privée de toutes les parties, cette information a été tenue confidentielle jusqu’à présent. »

Le texte se termine avec des remerciements aux trois dirigeants « pour leur dévouement » et des vœux de succès pour l’avenir. L’avis n’est pas signé.

Téléfilm Canada a refusé de dire à La Presse si l’accord inclut des indemnités de départ ou leur montant, une aide au replacement professionnel des personnes concernées ou des excuses.

« Malheureusement, nous ne pouvons répondre à ces questions, car il s’agit de renseignements personnels protégés en vertu de la Loi sur la protection des renseignements personnels », nous a-t-on écrit.

Même réponse, mot pour mot, lorsqu’on demande à Téléfilm Canada s’il s’agit de congédiements, de départs volontaires ou de décisions communes aux deux parties. Dans ses reportages antérieurs, La Presse a maintes fois utilisé le terme « congédiements » sans que le conteste Téléfilm.

Rappelons qu’en avril et en mai derniers, Téléfilm a fait face à la colère du milieu du cinéma, car son programme de financement à la production des films du volet sélectif (ceux qui nécessitent une attention particulière) n’arrivait plus à s’arrimer à celui de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC).

En raison d’un système de gestion qui permettait d’engager les fonds d’une année fiscale donnée sur l’année fiscale suivante, la somme (environ 11 millions) destinée au volet sélection de 2019-2020 avait déjà été engagée en majeure partie dès 2018-2019.

Téléfilm, qui a affirmé dans une entrevue avec La Presse avoir découvert cette forme de gestion très récemment, a renvoyé les trois gestionnaires. Or, tout le milieu s’est cabré en arguant qu’on ne pouvait pas leur imputer toute la faute alors que cette façon de faire existait depuis des années.

Une intervention du ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme, Pablo Rodriguez, a permis d’injecter une somme supplémentaire de 7,5 millions (non récurrente) dans le programme d’aide à la production de 2019-2020. Un consultant, dont le contrat se terminera le 31 mars 2020, a de plus été embauché pour voir à l’optimisation des programmes.