(Cannes) Alors que le tapis rouge se déroulait mardi pour le 72e Festival de Cannes et que la comédie zombie The Dead Don’t Die, de Jim Jarmusch, était sur le point d’être projetée, le président du jury, Alejandro González Iñárritu, a critiqué les projets de Donald Trump et qualifié ses messages sur Twitter de « briques d’isolement ».

Jake Coyle
Associated Press

Le réalisateur d’origine mexicaine de Birdman et du Revenant est le premier Latino-Américain à présider le jury à Cannes. S’adressant à la presse internationale en cette journée d’ouverture du festival, aux côtés des autres membres du jury, M. Iñárritu a établi un parallèle entre la rhétorique du président américain et celle des années 1930.

« Nous savons comment cette histoire se termine, si nous maintenons cette rhétorique », a-t-il soutenu. « Nous croyons que nous évoluons avec la technologie et les médias sociaux. Il semble que chaque tweet soit une brique d’isolement attachée à des idéologies et qu’elle crée beaucoup d’isolement et de paranoïa. »

Cette année, Cannes arrive avec son tourbillon habituel de célébrités et de controverses. Parmi les films à distribution prestigieuse qui feront leurs débuts sur la Croisette, citons « Il était une fois à Hollywood » de Quentin Tarantino, et le film biographique Rocketman, sur Elton John.

On y verra aussi en compétition les plus récentes œuvres de Pedro Almodovar, de Terrence Malick, de Ken Loach, d’Arnaud Desplechin et des frères Dardenne, notamment. Xavier Dolan présentera en compétition officielle son « Matthias et Maxime » le 22 mai, et l’actrice québécoise Monia Chokri ouvrira mercredi la section Un certain regard avec son premier long métrage, La Femme de mon frère.

La présence des femmes

L’année dernière à Cannes, 82 femmes — soit le nombre de réalisatrices qui ont participé à la compétition officielle en 70 ans — avaient protesté contre l’inégalité entre les sexes, sur les célèbres marches du Grand Palais. Le délégué général du Festival, Thierry Frémaux, a signé un engagement écrit promettant de rendre le processus de sélection du festival plus transparent et de pousser les conseils d’administration vers la parité. Cette année, quatre femmes figurent sur la liste des 21 films en compétition, égalant ainsi le record précédent de 2011.

Le jury est composé du réalisateur de La Favorite, Yorgos Lanthimos, du cinéaste polonais Pawel Pawlikowski (La Guerre froide), du réalisateur et bédéiste français Enki Bilal, de la réalisatrice panafricaine Maimouna N’Diaye, du cinéaste français Robin Campillo (120 battements par minute), de la réalisatrice américaine Kelly Riechart (Wendy et Lucy), de la cinéaste italienne Alice Rohrwacher et de la jeune actrice américaine Elle Fanning.

Comme ce fut le cas l’année dernière, il n’y a pas de films produits pour Netflix en compétition à Cannes cette année. À la suite d’un tollé de la part des propriétaires de salles français, le festival a exigé que les films de sa section principale soient dorénavant distribués dans les cinémas en France. Netflix, ne souhaitant pas adhérer à une fenêtre exclusive en salles de trois ans en France, avait retiré l’an dernier de Cannes tous ses films, dont le Roma d’Alfonso Cuaron.

Alejandro Iñárritu, un ami proche de Cuaron, a déclaré que « le cinéma est né pour être vécu dans une expérience commune ». Mais il a quand même vivement soutenu Netflix pour son appui financier à des types de films — y compris dans la langue maternelle des pays — qui sont rarement présentés dans les cinémas aux États-Unis ou ailleurs dans le monde.

Certains présidents de jury à Cannes ont exercé une forte influence sur le palmarès. Mais Iñárritu, qui a déclaré ne pas vouloir « juger » les films mais « être imprégné par eux », a promis qu’il serait un président de jury très passif.

Le palmarès sera connu le samedi 25 mai.