Au moment où la grogne chez les artisans montait d’un cran hier en réaction au congédiement de trois directeurs et de la crise du financement à Téléfilm Canada, le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, a annoncé qu’il interviendrait dans cet épineux dossier dès la semaine prochaine.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

« Je suis confiant de pouvoir proposer des solutions concrètes dès la semaine prochaine, a indiqué le ministre Rodriguez dans une déclaration acheminée par écrit à La Presse de son cabinet. On a été élus en 2015 pour mettre fin à la guerre que menait Stephen Harper contre la culture québécoise et on va continuer de livrer la marchandise. »

En dépit des questions supplémentaires de La Presse, aucun nouveau détail n’a été communiqué. On ne sait pas, par exemple, si le ministre entend intervenir directement dans le dossier ou s’il demandera à Téléfilm de se faire voir et entendre.

Congédiements dénoncés

Chose certaine, hier, Téléfilm ainsi que sa directrice générale, Christa Dickenson, ont de nouveau vu leur cote de crédibilité baisser de plusieurs crans auprès des artisans du cinéma et du milieu culturel québécois en général.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Christa Dickenson, directrice générale de Téléfilm Canada

Dans une lettre adressée à G. Grant Machum, président par intérim du conseil d’administration de la société d’État, neuf organismes culturels québécois, dont Québec Cinéma et l’Union des artistes, ont vertement dénoncé le congédiement de trois directeurs dont la compétence et l’expertise dans la promotion du cinéma québécois n’étaient plus à faire, arguent-ils.

« Nous sommes consternés de voir que la directrice générale a choisi, neuf mois après son arrivée en poste, et sans consulter l’industrie, de se priver de ressources qui lui sont essentielles », écrivent les neuf signataires de la lettre.

Cette décision survient, rappelons-le, dans un contexte où Téléfilm n’a presque plus de fonds dans son enveloppe 2019-2020 pour financer la production de longs métrages francophones. « Si la direction de Téléfilm Canada tente de faire porter l’odieux de ce manque de financement à trois personnes de la direction, c’est honteux et indigne », lit-on dans la même lettre.

Réponse de Téléfilm

En fin d’après-midi hier, Téléfilm a fait parvenir à La Presse une déclaration écrite de M. Machum dans laquelle ce dernier défend les décisions de la directrice générale.

« Mme Dickenson a débuté son mandat chez Téléfilm Canada en rencontrant les membres de l’équipe de direction et tous les employés, ainsi que les multiples partenaires de l’industrie audiovisuelle canadienne afin de bien comprendre les enjeux de l’industrie, écrit-il. Elle a constaté le besoin d’entreprendre certains changements en vue de mieux répondre aux besoins actuels et prévisibles de l’industrie en cette ère de changements profonds. »

Déclarant que Téléfilm veille au rayonnement de la culture canadienne depuis un demi-siècle, M. Machum ajoute : « Les changements récents au sein du comité de direction n’ont pas compromis cette culture organisationnelle profondément ancrée et alimentée par la qualité des productions d’ici, en particulier celles en provenance du Québec. »