(Londres) Exposition à Londres, manuscrit inédit sur A Clockwork Orange : vingt ans après la mort de Stanley Kubrick, les Britanniques redécouvrent le réalisateur américain et la relation spéciale qu’il entretenait avec le Royaume-Uni, son pays d’adoption.

Edouard GUIHAIRE
Agence France-Presse

Le légendaire cinéaste, connu pour son perfectionnisme et son intransigeance, est mort le 7 mars 1999 dans son manoir de Childwickbury, à environ une heure de route au nord de Londres.

Quelque peu désenchanté par l’ambiance hollywoodienne, l’enfant du Bronx s’était installé en Angleterre au début des années soixante. C’est là qu’il a tourné en partie Lolita (1962), l’adaptation du roman de Vladimir Nabokov, mais aussi 2001: A Space Odyssey (1968), Dr. Strangelove (1964) ou Full Metal Jacket (1987).

Pour ce dernier film, Stanley Kubrick avait réussi le tour de force de recréer Hue, une ville du Vietnam au nord de Saïgon, dans une usine à gaz désaffectée de Beckton, dans la banlieue de Londres, soigneusement dynamitée par les décorateurs.

L’histoire de ce tournage est l’un des aspects de l’exposition consacrée à Kubrick par le Design Museum de Londres, qui a ouvert vendredi jusqu’au 15 septembre.

Les visiteurs peuvent y découvrir l’univers et la personnalité du cinéaste à travers 700 objets et interviews classés en fonction des 13 films qu’il a réalisés en près d’un demi-siècle de carrière. Et y apprendre entre autres que pour Full Metal Jacket, il avait fait transporter 200 palmiers d’Espagne en Angleterre et 100 000 plantes tropicales en plastique fabriquées à Hong Kong.

Hache et masque vénitien

PHOTO ISABEL INFANTES, AFP

Le casque Born to kill du personnage « Joker » dans Full Metal Jacket

L’exposition évoque également les relations compliquées qu’a pu avoir Kubrick avec le public britannique comme avec la critique, pas toujours très à l’aise, voire franchement choqués, par certains de ses films, à commencer par Lolita, l’histoire de l’obsession d’un homme d’âge mûr pour une fillette de douze ans.

« Nous pensons qu’un tel film pourrait avoir un effet délétère sur notre société […] et qu’il ne doit donc pas être réalisé », écrit en 1961 le révérend John Collins dans une lettre qu’il lui a adressée.

Parmi les autres pièces de choix figurent la hache de Jack Nicholson dans Shining (1980), les costumes baroques d’A Clockwork Orange (1971), le casque Born to kill du personnage « Joker » dans Full Metal Jacket ou encore la cape et le masque vénitien de Tom Cruise dans Eyes Wide Shut (1999).

Une exposition « stupéfiante » qui révèle « le génie obsessionnel » du réalisateur pour les détails, « qu’il s’agisse d’inventer l’ère spatiale ou de reconstituer la guerre du Vietnam dans une usine à gaz », souligne le quotidien britannique The Guardian, attribuant à l’exposition cinq étoiles, soit la note maximale.

En sus de cette exposition, un manuscrit inachevé explorant les réactions provoquées par A Clockwork Orange a été retrouvé dans les archives de l’auteur britannique Anthony Burgess, dont le roman A Clockwork Orange sorti en 1962 avait servi de base au film culte de Kubrick.

Intitulé The Clockwork Condition, ce texte de 200 pages, qui constitue également une forme de suite au premier roman, a été découvert par le professeur Andrew Biswell, de la Metropolitan University de Manchester.

Burgess l’avait pensé comme une réponse à la « panique morale » qui avait entouré la sortie du film, accusé d’avoir inspiré des crimes violents, selon un communiqué de l’établissement universitaire.