Le groupe français MK2 a confirmé aujourd'hui qu'il reprendrait dès le 1er septembre la gestion du cinéma Quartier latin, jusqu'ici exploité par Cineplex Odéon.

Mis à jour le 15 mars 2018
Stéphanie Vallet LA PRESSE

De passage en ville pour annoncer la nouvelle, Nathanaël Karmitz, président du conseil d'administration de MK2, promet d'offrir un tout nouvel environnement en investissant près de 3 millions de dollars pour rénover le cinéma, qui comptera désormais une zone de restauration de qualité, une librairie ainsi qu'un espace consacré à la réalité virtuelle.

Pressenti il y a quelques années pour sauver le défunt cinéma Excentris du boulevard Saint-Laurent, l'exploitant de salles MK2 a jeté son dévolu sur le cinéma Quartier latin.

«En nous penchant sur la question de l'Excentris, on a découvert qu'il y avait un vrai enjeu autour des salles de cinéma à Montréal. L'offre a tendance à se réduire, l'expérience est un peu monolithique et il y a un besoin de renouvellement», souligne Nathanaël Karmitz, grand patron de MK2.

Depuis 2005, le jeune quarantenaire et son frère Elisha ont progressivement repris le flambeau transmis par leur père, Marin Karmitz, créateur de MK2, ardent défenseur des films d'auteur et du cinéma d'art et d'essai, mais aussi producteur historique de Godard, Resnais, Chabrol, Kieslowski et Kiarostami.

Aujourd'hui, MK2 est le troisième circuit français, dernière UGC et EuroPalaces (Gaumont-Pathé), et le diffuseur détient un catalogue de 600 titres. Se concentrant majoritairement sur l'exploitation, les frères Karmitz misent désormais sur l'international en reprenant le circuit Cinesur en Espagne et, le 1er septembre, le cinéma Quartier latin à Montréal.

Une autre idée du cinéma

La création de MK2 | Mile End, début 2017, avait confirmé l'intérêt de la société pour le Québec. Son objectif est clair: proposer et promouvoir une autre idée du cinéma.

«On veut allumer une mèche et montrer qu'un autre cinéma est possible. Je ne sais pas si on va y arriver. Mais Montréal a un public jeune, cosmopolite et instruit. Et une vie culturelle unique au monde. Sans parler de sa capacité créative», note-t-il.

«C'est ce qui est perturbant au Québec par rapport au cinéma: il y a des gens qui font extrêmement bien leur travail, des festivals, mais il manque des écrins pour donner une résonance plus grand public et une potentialité économique plus grande à ce cinéma. On arrive pour essayer de donner une ampleur à cette autre idée du cinéma», ajoute Nathanaël Karmitz.

«C'est un retour aux sources à la vocation d'origine du Quartier latin. On a l'intention de proposer une autre idée du cinéma, très large, de Black Panther au documentaire asiatique, en passant par du patrimoine, des conférences, du court métrage et, bien sûr, beaucoup de cinéma québécois.»

Ce projet de reprise du cinéma Quartier latin par MK2 intervient alors que le bail de Cineplex Odéon prend fin avec le propriétaire de l'ensemble du quadrilatère, France Film, et s'inscrit dans une démarche de renouvellement complet de l'offre du quartier, qui s'est amorcée par l'annonce de la rénovation du Théâtre St-Denis, et d'un projet d'urbanisme complet.

«On va faire des travaux pour changer l'atmosphère et l'offre à l'intérieur de ce cinéma. On va garder les 17 salles et essayer de ne pas fermer en étalant les rénovations sur deux mois», explique le directeur général de MK2, qui compte également aménager au troisième étage de l'établissement un espace consacré à la réalité virtuelle, à l'image de celui ouvert au cinéma MK2 Bibliothèque de Paris fin 2016.

Cineplex prise de court

Alors que, dans un communiqué envoyé aux médias, Jean-Claude Chabot, directeur du développement chez France Film et propriétaire du cinéma du Quartier latin, se réjouissait de la nouvelle, indiquant avoir étudié différentes candidatures pour la reprise des rênes du cinéma, Cineplex a fait savoir à La Presse par courriel qu'elle avait «été prise de court par l'annonce de MK2. Tout continue comme avant, Cineplex continuera à exploiter le cinéma conformément à son bail», a tenu à préciser l'exploitant de salles qui n'a pas tenu à faire plus de commentaires pour le moment.