Imaginez, dans un contexte parisien, une nouvelle version de West Side Story qui amalgamerait l’innocence caricaturale de Glee au kitsch de Bollywood. Une sorte de Roméo et Juliette au temps du multiculturalisme, pimenté de tubes de M, Zazie, Dalida et Joe Dassin sur lesquels on exécuterait des chorégraphies de groupe.

Sylvie St-Jacques LA PRESSE



Cela sonne agréablement fêlé comme proposition cinématographique, n’est-ce pas? Eh bien… non. Malgré la désinvolture qu’imposent le genre et la simplicité du récit, Audrey Estrougo, cinéaste de Toi, moi, les autres, signe un film qui se prend désespérément au sérieux.

Côté «banlieue», il y a Leïla (Leïla Bekhti), ténébreuse et charmante étudiante en droit maghrébine, qui vit avec son frérot et passe son temps auprès des confidentes sénégalaises sans-papiers du salon de coiffure d’à côté. Côté «16e», il y a Gab (Benjamin Siksou), flemmard de bonne famille et joueur de poker émérite, fiancé à une jeune fille de son rang (Cécile Cassel).

Dès les premières minutes, les destins de Leïla et de Gab se croisent et l’on pressent le pire, avec une reprise à la guimauve de Pour un flirt, de Michel Delpech. Musicalement, les choses s’arrangeront un peu, notamment avec un duo sur La bonne étoile de Mathieu Chédid et la reprise disco de J’attendrai.

Le problème, c’est qu’entre les fantaisies débridées des marginaux gais ou africains et le snobisme caricatural du monde bourgeois qui petit-déjeune au champagne, le film stagne dans un réalisme ennuyant et sans saveur. Dialogues plats, intrigue mince, enfilade de clichés sont servis sans s’embarrasser de subtilités.

En fin de course, lorsque la prévisible idylle culmine dans une conclusion mélodramatique, avec images documentaires à l’appui d’histoires d’expulsion d’immigrants illégaux, on se met à croire que le kitsch humoristique qui sauve le film est peut-être totalement involontaire.




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Toi, moi, les autres. Comédie musicale d’Audrey Estrougo, avec Leïla Bekhti, Benjamin Siksou et Cécile Cassel. 1 h 28.