Des poissons, des robots, des monstres, des rats, des autos, des superhéros stylisés et des jouets sont parmi les habitants du monde selon Pixar. Pour sa première distribution humaine et «naturaliste», le mythique studio raconte une histoire médiévale portée par une adolescente rebelle. Rencontre avec le réalisateur et la productrice de Brave.

Sonia Sarfati LA PRESSE



Après Cars 2 de John Lasseter, plus ou moins bien reçu selon qu'on soit critique ou vendeur de produits dérivés, Pixar nous arrive avec Brave de Mark Andrews. Ce 13e long métrage, qui a subi quelques cahots en cours de production, portera-t-il chance au studio dont le parcours était jusqu'ici impeccable? Chose certaine, tous les moyens ont été pris pour en mettre plein la vue et offrir un produit différent.

Pour la première fois, en effet, le studio qui nous a donné Toy Story, Finding Nemo, The Incredibles, Ratatouille, Up et WALL-E se tourne vers le passé, utilise certains codes du conte, met en scène une «distribution» humaine au design réaliste et confie le rôle principal à une héroïne. Laquelle, pourvue d'une opulente chevelure rousse et frisée, évolue dans une forêt aux arbres noueux, aux roches moussues et aux rivières bouillonnantes. Un cauchemar pour les ordinateurs (nous sommes dans un univers créé en images de synthèse) «qui aiment les lignes et les angles droits», s'amuse la productrice Katherine Sarafian.

Mais le désir de «premières» techniques, visuelles et narratives n'est pas le moteur Pixar. «L'histoire, poursuit la productrice, demeure le point de départ de nos projets. Ensuite, nous créons le personnage qui est le plus à même de raconter cette histoire et nous inventons les moyens techniques qui nous permettront d'arriver à nos fins. Bref, nous avons commencé à imaginer un guerrier aventureux, esprit libre, qui refuse de se confiner à la tradition. Nous avons bâti un héros Pixar. Il se trouve que dans ce cas précis, ce héros Pixar, idéal pour incarner l'histoire de façon Pixar, était une fille.»

Moyen Âge



Campée au Moyen Âge, l'histoire est donc celle de Merida. Fille du roi Fergus et de la reine Elinor, qui règnent sur les Highlands écossais, elle est, selon ses parents, en âge de se marier. Tête forte, indépendante, archère d'élite, elle ne peut imaginer renoncer ainsi à sa liberté. Sa crinière de feu, sauvage et indisciplinée, s'est ainsi imposée, tout comme celle de sa mère, raide, disciplinée, domptée. Le contraste vaut mille mots. En particulier dans l'affrontement qui, à cause de Merida, débouchera sur un événement pouvant avoir des conséquences tragiques pour la famille et pour le royaume.

«À mes yeux, ce récit est avant tout celui de la relation entre un parent et un enfant, note Mark Andrews. Nous avons une mère et une fille, mais ça aurait pu être un père et un fils, une mère et un fils, un père et une fille. La dynamique est celle d'un adulte opposé à un enfant qui va bientôt être un adulte et va découvrir que ses actes ont des conséquences dont il doit prendre la responsabilité.»

Recherche



Père d'une fille et de trois fils, le réalisateur avait une partie de la recherche «psychologique» sous les yeux lorsqu'il a pris les rênes d'un projet auquel, dit-il, il a apporté son «sens de l'aventure» et son «amour de l'Histoire, celle de l'Écosse en particulier». En fait, Mark Andrews a fait deux voyages dans les Highlands, en compagnie de son équipe, afin de s'imprégner des décors et des paysages, des sons et des atmosphères de ce pays dont viennent une partie de ses ancêtres.

Ainsi, quand il porte le kilt, il le porte avec sérieux. Et il est très sérieux quand il demande à ses animateurs de le porter aussi. «On ne marche pas, on ne s'assoit pas de la même façon en kilt qu'en pantalon, dit-il. Pour animer, vous devez observer, expérimenter, comprendre.» Et reproduire de façon convaincante. De plus, comme il sait se battre à l'épée, le réalisateur a partagé ce savoir avec les animateurs responsable des scènes de combats à l'arme blanche. Le tir à l'arc était bien sûr au programme de ceux qui auraient à faire tirer des flèches à Merida et aux autres archers.

Et de conclure, de manière assez «pixarienne»: «Nous créons de l'illusion, mais nous ne voulons être rien d'autre qu'authentiques.»

Brave (Rebelle en v.f.) prend l'affiche le 22 juin.



Les frais de voyage ont été payés par Walt Disney Studios Pictures