Plusieurs documentaires de qualité figurent dans les sélections cannoises, dont Room 237 un petit bijou ovni, «film de geek» et délire absolu de cinéphile autour du film The Shining de Stanley Kubrick.

Gersende Rambourg LA PRESSE



«C’est un grand bonheur pour cinéphiles, un délire interprétatif, un film de geek obsédé par Kubrick mais aussi un hommage», résume avec enthousiasme Édouard Waintrop, sélectionneur de la Quinzaine des réalisateurs, qui a tenu à présenter ce premier film de l’Américain Rodney Ascher sur la Croisette.




Le documentaire, qui décortique chaque plan de The Shining, réalisé en 1980 avec Jack Nicholson et Shelley Duvall, est aussi une formidable leçon de cinéma que même les spectateurs ne connaissant pas le film sauront apprécier, analysant de façon aussi pertinente que palpitante les techniques de mise en scène du réalisateur.

Room 237 propose ainsi autant d’interprétations sur les intentions du cinéaste mythique, qui aime truffer ses films de messages subliminaux, que son réalisateur a interviewé de critiques de cinéma, profs d’université et passionnés de Kubrick.

Pour l’un, Kubrick, cinéaste démiurge par excellence qui donnait rarement des interviews, a construit The Shining comme une allégorie du massacre des Indiens d’Amérique. Il étaye sa thèse par la présence, plusieurs fois dans le décor, de boîtes de conserve siglées «Calumet» avec une tête de peau-rouge ainsi que d’affiches réparties dans l’hôtel où se déroule ce huis clos.

Pour un autre, le film évoque l’Allemagne nazie, notamment parce que le réalisateur place une machine à écrire de marque allemande dans le décor et le numéro 43, évoquant 1943, tournant de la Deuxième guerre mondiale, sur le tee-shirt du petit garçon.

Pour un autre encore, chez Kubrick, qui avait consulté des publicitaires new-yorkais sur leurs techniques subliminales, la sexualité est omniprésente, même quand elle n’est pas apparente dans tous les plans. D’autres voient des références freudiennes ou au mythe du Minotaure, à Hansel et Gretel ou encore à La montagne magique de Thomas Mann...

«On peut toujours se dire que Kubrick avait seulement une partie ou aucune de ces références en tête», dit l’un des exégètes dans Room 237, «mais l’intention de l’auteur ne représente qu’une partie de la valeur d’une oeuvre d’art».

Ces obsédés admettent bien volontiers qu’à force de voir et de revoir The Shining, ils découvrent encore et toujours de nouveaux indices.

«Parfois, plus tu te rapproches avec une loupe ... tout devient si détraqué, plus rien n’a de sens, j’ai l’impression d’être prisonnier de cet hôtel depuis toujours», reconnaît l’un d’eux. Sans renoncer pour autant: Kubrick, c’est une drogue dure.