Broken, premier film britannique de Rufus Norris, met en scène Tim Roth, qui fait une belle carrière américaine depuis ses rôles chez Quentin Tarantino, à contre-emploi dans un rôle de père de famille attentif et protecteur d’adolescents en quête de repères.

Gersende Rambourg LA PRESSE



«Il y avait un rôle de voisin violent qui lui serait allé comme un gant. Mais cela aurait été beaucoup trop évident, Tim est un bien meilleur acteur que cela», explique ce metteur en scène de théâtre et d’opéras reconnu lors d’un entretien avec l’AFP sur une plage cannoise.

«L’intérêt c’était de lui offrir un rôle qu’on ne lui propose pas d’habitude», insiste le tout nouveau réalisateur de 47 ans.

Tout comme pour le comédien irlandais Cillian Murphy (premier rôle dans Le vent se lève de Ken Loach), auquel il fait jouer un prof, proche de la famille. «Ce type là est toujours «casté» pour des rôles de super beau mec avec ses yeux d’un bleu inouï», plaisante-t-il.

 



L’intrigue est centrée sur Skunk, petite fille de onze ans, pas encore adolescente, rayonnante, optimiste et un peu naïve, qui est confrontée au passage à tabac d’un voisin. La violence fait aussi irruption à l’école, son cocon n’est plus très protecteur.

Pour trouver l’actrice lumineuse, Éloise Laurence, la production a «cherché partout et rencontré 850 gamines» avant que le réalisateur ne demande à une amie comédienne si sa fille accepterait de jouer le rôle.

Le père de famille, Archie, interprété avec sobriété et émotion retenue par Tim Roth, se pose en «rempart moral», affirme le cinéaste.

«Toute la difficulté, quand on est parent, c’est ce tiraillement entre la volonté farouche de protéger ses enfants, en contrôlant leur vie, et la nécessité de les encourager à quitter la maison», affirme Rufus Norris.

«Archie est un type incroyablement doux mais aussi très fort», explique Tim Roth, affirmant qu’il a trouvé cela plaisant de quitter pour une fois les rôles de «méchants» auxquels il est abonné. «Ce n’est pas plus difficile, il fallait juste entrer dans sa peau, devenir lui, un type calme, taiseux», dit-il.

Ce premier film, qui concourt pour la Caméra d’or mais, a fait l’ouverture de la Semaine de la Critique, hors compétition.

Il marque le retour de Roth à Cannes, où il préside également le jury de la section Un certain regard cette année: «Je suis venu ici comme acteur, présentateur, réalisateur, président de jury. En tant que spectateur, je m’oblige à ne rien lire sur le film avant, pour n’avoir aucune idée de ce que je vais voir quand les lumières s’éteignent».

Débarquant sur la Croisette pour Reservoir Dogs de Tarantino en 1993, il y était revenu deux ans plus tard dans Pulp Fiction du même réalisateur, qui avait reçu la Palme d’or. Son premier film comme réalisateur, The War Zone, avait également été présenté à Cannes.