Quelques jours après le 31e anniversaire du décès de Bob Marley, un nouveau documentaire sur cette véritable star internationale du rock apparaît sur nos écrans. Réalisé avec brio par l’Écossais Kevin Macdonald, Marley est une œuvre touffue et captivante, mais sans grande révélation.

Philippe Renaud LA PRESSE



Comme le film est produit par Ziggy Marley et Chris Blackwell, l’on pouvait craindre un exercice complaisant à l’endroit de la légende du reggae. Macdonald dresse néanmoins un portrait équilibré, tournant parfois les coins ronds à propos de certains détails essentiels de la vie de son sujet, mais qui ose montrer quelques travers de la star.

L’histoire d’une vie



Le réalisateur de Last King of Scotland insiste sur le sentiment d’exclusion du musicien, né d’une mère jamaïcaine et d’un père britannique de race blanche. Bob Marley, ouvert sur le monde, décrit comme quelqu’un d’apolitique (mais engagé dans la destinée politique de son pays), ne sera jamais vraiment à sa place que sur la scène.

Macdonald suit scrupuleusement les événements chronologiques. Il nous amène de Nine Miles (lieu de naissance) jusqu’aux derniers jours de Marley dans une clinique allemande, où le chanteur tentait de ralentir le cancer qui le rongeait. Les nombreuses photos de cette époque, souvent inédites, sont poignantes. On raconte ses débuts chez Joe Gibbs et, surtout, Studio One, son mariage avec Rita, l’épisode Wailers auprès de Lee Perry, puis la carrière internationale chez Island.

Des oublis



Le travail de recherche est impeccable. D’une ancienne maîtresse d’école à une sœur et un frère éloignés, en passant par ses collègues musiciens, ses compagnes de vie (le témoignage de Cindy Blackspear, mère de Damian, est indispensable) et même des amis du temps où il travaillait chez Chrysler, au Delaware, les entrevues pertinentes se succèdent. Le film présente peu d’enregistrements rares, mais les photos et les vidéos inédites compensent, comme celles du concert pour l’indépendance du Zimbabwe qui s’était terminé en émeute.

En contrepartie, certains aspects importants de sa vie sont escamotés. On aurait aimé que son exil à Londres, après l’attentat raté contre sa personne en 1976, soit approfondi. On omet de souligner que Marley n’était pas en Jamaïque lors de la visite historique de l’empereur éthiopien Haile Selassié – une idole des amateurs de reggae – en avril 1966. Ces détails n’échapperont pas aux fans et auraient permis d’en révéler davantage sur la personnalité mystérieuse du chanteur.

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MARLEY. Documentaire biographique de Kevin Macdonald. 2h24.