Il a été dit et répété que la pandémie a condensé en six petits mois l’équivalent de 5 à 10 ans d’évolution dans bien des industries, dont l’automobile. Cela ne signifie pas pour autant que toutes les autos seront électriques d’ici 2030… ni même 2050, rappelle un spécialiste montréalais.

Alain McKenna Alain McKenna
Collaboration spéciale

« Prenez le F-150 électrique, que Ford promet pour 2023. On en parlait déjà il y a 10 ans, et on ne l’a toujours pas vu. Même si les premiers exemplaires arrivent dans deux ans, son lancement officiel risque de traîner jusqu’en 2025 au moins », prédit Andy Ta, fondateur et grand patron d’Ecotuned Automobile, un équipementier de Varennes, sur la Rive-Sud. Ecotuned installe des moteurs électriques à bord de véhicules commerciaux spécialisés.

PHOTO FOURNIE PAR ECOTUNED

Ecotuned a conçu un système capable de convertir une camionnette en véhicule électrique.

L’exemple du F-150 n’est pas fortuit : la PME se concentre sur la modification des quelques variantes de la populaire camionnette de Série F de Ford : F-150, F-250, F-350… La vente directement par Ford d’une version électrique ne l’embête pas trop. « Ford vient de lancer un F-150 hybride qui n’est que de la poudre aux yeux. Ça va décevoir bien des acheteurs. GM a tenté la même chose avec la Chevrolet Silverado et ça aussi, ça a échoué », raconte le jeune entrepreneur montréalais.

Des camionnettes électriques à bon prix

Pour réussir là où d’autres peinent à le faire, Ecotuned mise sur une stratégie simple : remplacer le bloc-moteur de véhicules déjà sur la route par un groupe électrique bon pour 180 à 250 kilomètres par charge, et qui peut ensuite être transféré sous le capot d’un second véhicule par la suite.

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Un camion préparé par Ecotuned Automobile en recharge

Au coût de 35 000 $, si on soustrait l’aide gouvernementale applicable, ça revient moins cher qu’acheter un nouveau camion, ce qui devrait bien cadrer dans le budget d’entreprises qui doivent composer avec les effets de la COVID-19… C’est aussi pas mal plus raisonnable, comme dépense, que l’achat d’un des nouveaux camions électriques de luxe signés Rivian, Bollinger ou même Tesla, qui coûteront au moins 100 000 $ lorsqu’ils seront mis en marché en 2021.

Ecotuned est d’ailleurs en train d’accroître sa capacité de production pour satisfaire à une demande qui s’intensifie depuis le début de la relance.

On ne peut pas citer leur nom, mais on travaille sur des projets-pilotes avec des entreprises québécoises bien en vue.

Andy Ta

L’homme d’affaires assure que ces projets se transformeront en commandes fermes. Déjà, les premiers véhicules électriques achetés par Vidéotron en janvier dernier ont pris la route, dit-il. Cette expérience est probablement le meilleur exemple de la durabilité de sa technologie. L’équipementier promet une vie utile de 10 à 12 ans pour son groupe électrique, en utilisation normale dans un contexte commercial.

Ecotuned croit qu’une fois sur la route, un camion électrique peut réduire de 80 % les coûts annuels associés à son utilisation.

30 ans d’électrification en vue

L’engouement pour les véhicules électriques a pris de l’ampleur durant la crise de la COVID-19. La plupart des grands fabricants ont profité de l’arrêt de leurs usines pour réévaluer leur catalogue et accélérer la mise en marché de modèles à électrons. Ça attise l’intérêt des acheteurs envers ce type de propulsion, mais elle restera encore bien marginale sur les routes dans les années à venir.

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Ecotuned Automobile pourrait aussi convertir les véhicules de particuliers.

Dans ses scénarios les plus pessimistes, l’Agence internationale de l’énergie prédit que 11 % des véhicules seront électrifiés en 2030. En 2050, ça pourrait grimper à 28 %. On est loin de la révolution promise… « Les gens achètent un véhicule pour les 7 à 10 prochaines années. C’est un cycle qui prend du temps à changer », explique M. Ta.

Convertir les véhicules déjà sur la route serait une solution, surtout si elle s’avère peu coûteuse. Pas seulement les véhicules commerciaux, mais aussi les voitures de particuliers… Et, pourquoi pas, même les voitures anciennes ou classiques.

Une idée qui a déjà trotté dans la tête du fondateur d’Ecotuned, qui semble avoir la nostalgie des berlines allemandes des années 1980… Mais ce projet-là sera pour plus tard. Il a au moins jusqu’en 2050 pour y penser !