Besoin de bouffe? Alden Sherman peut se rendre au supermarché dans l'une de ses deux voitures de course Bugatti Type 37... Sans blague!

Publié le 15 févr. 2009
Jim Motovalli NEW YORK TIMES

De fait, il conduit régulièrement l'une de ses Bugatti jusqu'au marché d'alimentation, situé à moins de 2 km de chez lui. Et si jamais il décidait de laisser ses Bugatti octogénaires à la maison, il pourrait prendre le volant de son Amilcar 1925, de sa Ferrari 330 GT 2»2 de 1964, ou encore de sa Bugatti Type C décapotable de 1938...

 

M. Sherman, qui vient de célébrer son 90e anniversaire, n'a rien d'un riche dilettante. C'est un machiniste de profession, un inventeur, à peine retraité de son entreprise de Norwalk (au Connecticut), où il avait mis au point un procédé économique de fabrication de pièces de moteurs à réaction.

Quand il a fait l'acquisition pour presque rien d'une paire de Bugatti Type 37 très abîmées, dans les années 60, il a entrepris de les rebâtir, fabriquant lui-même plusieurs pièces manquantes à partir de croquis d'usine et d'un examen attentif de Bugatti complètes.

La plus délabrée a nécessité 17 années de travaux avant de pouvoir reprendre la route. «Personne n'en voulait, tellement elles étaient en mauvais état», se souvient-il.

Le vendeur les a cédées pour 500$ chacune, mais il n'était pas fou: il a utilisé l'argent pour payer un acompte sur l'achat d'une Alfa Romeo 8C 2300 de 1930, voiture qui se vend aujourd'hui à un prix nettement supérieur aux Bugatti. Une Type 37A ayant participé à des courses en Europe s'est vendue 489 500$ à un encan de RM Auctions, l'an dernier, en Arizona, mais un acheteur a payé 3 millions de dollars pour une Alfa Romeo 8C 2300 Spider, en 2007, à Bonhams, en Angleterre.

M. Sherman se souvient de l'époque où des voitures classiques, dont certaines valent aujourd'hui des millions de dollars, pouvaient être achetées bon marché ou rescapées des cimetières d'autos. Dans les années 50, dit-il, même une Bugatti en parfait état n'aurait pas valu plus de 2000$. Il a vu d'excellentes Rolls-Royce (Phantom I et Silver Ghost) broyées pour la valeur du métal.

Occasion ratée

À la fin des années 40, un ami de M. Sherman lui a offert en cadeau des voitures Mercedes-Benz SS et SSK. Il les a refusées. «La SS avait des problèmes de différentiel, mais j'aurais pu la rafistoler, poursuit-il. Le problème, c'est que je n'avais ni le moyen de les transporter ni d'endroit pour les entreposer.»

M. Sherman a sans doute amèrement regretté sa décision. Une Mercedes-Benz 38/250 SSK de 1929 a rapporté 8 millions de dollars aux enchères Bonhams en 2004.

En 1959, M. Sherman a déboursé 2200$ pour sa Type 37C construite par le carrossier Gangloff. Une Type 37 de 1938 non restaurée a été vendue 825 500$ par la société de vente aux enchères Christie's au concours d'élégance Greenwich, l'an dernier.

Le vendeur et lui sont demeurés de bons amis. «Je l'appelle de temps en temps pour me plaindre de la voiture qu'il m'a vendue», lance M. Sherman à la blague.

De toute façon, pour M. Sherman, la valeur pécuniaire des voitures importe peu. Il a acheté ses voitures, y compris la Ferrari et une Jaguar XKR moderne, parce qu'il aimait les conduire. Il a subi une fracture de la clavicule au volant de son Amilcar dans une course au Thompson Speedway, au Connecticut, dans les années 60. Il fait aussi monter des visiteurs à l'occasion.

Grondement infernal

Tout ce que vous pouvez avoir lu sur la légendaire Bugatti Type 37 ne vous prépare pas au bruit qu'elle fait au démarrage. Même au ralenti, le moteur de quatre cylindres émet un grondement infernal. Dans les rues placides de Weston, au Connecticut, la voiture ne passe jamais inaperçue. À fond de train, elle frôle les 145 km/heure.

M. Sherman a aussi exhibé d'autres jouets de sa collection, y compris une voiture motorisée des années 30 pour enfants. Le modèle rappelle un peu le style Duesenberg. Il possède aussi une bicyclette à essence Pope Hartford et un atelier complètement équipé avec des outils des années 20 et 30.

Il s'est récemment départi de deux de ses projets, une Rolls-Royce Phantom II et une Packard 1941 qui avait appartenu à l'une de ses tantes. «Il m'aurait fallu 15 ans pour les remettre à neuf, et j'en ai 90. Faites le calcul...»