Adossé à la tribune, Rick Lind ferme les yeux alors que les acheteurs se disputent sa Ford Mustang 1966, l'un des véhicules emblématiques de la génération du «baby-boom» dispersés cette semaine lors des enchères géantes Barrett-Jackson aux États-Unis.

Publié le 16 janv. 2008
Tangi Quemener AGENCE FRANCE-PRESSE

Les vociférations des commissaires-priseurs, entrecoupées des cris des enchérisseurs résonnent dans un immense hangar de Scottsdale (Arizona, sud-ouest), épicentre de cette événement annuel qui draine des centaines de millier de personnes, en majorité des hommes grisonnants.

 

Sur les charbons ardents, M. Lind entend la valse des chiffres: «31 000 dollars, 32 000... 33 000, adjugé!» Le marteau qui scelle la vente semble avoir assommé M. Lind. Cet entrepreneur de 49 ans espérait 50 000 dollars du véhicule dans lequel il a investi des milliers d'heures de temps libre depuis 12 ans.

 

«Je suis un peu déçu, mais le marché, c'est le marché. Il y a 1000 personnes dans la salle. Si quelqu'un pensait que c'était donné, il pouvait lever la main. J'en aurais voulu plus, mais bon, c'est comme ça», lance-t-il en quittant la scène où une autre voiture attire déjà des enchères.

 

Au total, pendant six jours, plus de 1100 véhicules d'exception vont changer de mains à un rythme effréné, certains pour des sommes respectables. Mais très modifiée pour courir dans des courses d'accélération, l'auto de M. Lind risquait de ne pas séduire les acheteurs les plus éclairés.

 

Produite à partir de 1964, la Ford Mustang était un coupé sportif prévu pour la génération de l'immédiat après-guerre, parvenue à l'âge du permis de conduire au début des années 60. Son succès avait été considérable et elle reste aujourd'hui l'un des véhicules les plus collectionnés aux États-Unis.

 

Une autre Mustang, une GT de 1971 apportée à Scottsdale par Jeff Gregory, un analyste-programmeur de 43 ans, pourrait mieux se comporter que celle de M. Lind: conforme à l'origine, la voiture est soutenue par un solide dossier de documentation et de factures.

 

«Je l'avais achetée 6000 dollars, j'espère en toucher entre 65 et 75 000 dollars», un prix justifié par la rareté de cette voiture, «l'une des 531 construites cette année-là», explique M. Gregory, en avouant un petit pincement au coeur: il avait acquis sa Mustang en 1984, en sortant du lycée.

 

Quant à la «Shelby GT 500» millésime 1967, une Mustang dopée par le préparateur Carroll Shelby, «c'est le Sacré Graal», affirme fièrement Gerry Schmidt, collectionneur californien qui l'avait achetée pour 24 000 dollars en 1991 et envisage d'en encaisser plus de 300 000 chez Barrett-Jackson.

 

Les enchérisseurs sérieux ont provisionné «au moins 250 000 dollars» en vue de la vente, assure Bill Withers, un Canadien de 63 ans lui aussi amateur de Mustang, et pour qui investir dans une Mustang ancienne de qualité constitue un investissement avisé: «c'est mieux que de l'or».

 

«La plupart des gens qui en voulaient une (neuve) ne pouvaient pas se la payer, mais maintenant, les baby-boomers prennent leur retraite et ils ont de l'argent pour les acheter», d'où une hausse spectaculaire des prix, selon lui.

 

«Ce sont comme des oeuvres d'art, il en existe une quantité limitée, et les voitures de qualité gardent leur valeur», renchérit Rick Nash, qui vend à Scottsdale sa rare Shelby GT 350 H, construite pour le loueur Hertz en 1968 et dont il pense tirer plus de 100 000 dollars.

 

S'avouant «puriste», M. Nash, un ingénieur de 44 ans venu du Michigan dit «aimer les voitures dans l'état où elles quittaient l'usine. D'autres gens aiment les versions modifiées, c'est juste quelque chose qui ne m'intéresse pas».