Elles sont toutes deux du même format avec des dimensions très similaires, leurs prix excèdent les 100 000 $ et elles arborent l'une et l'autre un luxe de bon aloi. De plus, elles cultivent la fibre verte, la première avec une motorisation hybride et la seconde en misant davantage sur ses deux moteurs électriques. La Porsche Panamera S hybride et cette belle inconnue du nom de Fisker Karma, deux berlines, ne passent pas inaperçues. Duel écologique opposant l'Allemagne aux États-Unis.

Jacques Duval, collaboration spéciale LA PRESSE

Un bref inventaire technique démontre que la Porsche tire son économie de carburant d'un moteur 6 cylindres à plat de 3 litres suralimenté par compresseur de 333 chevaux, secondé par une source d'énergie électrique provenant de batteries nickel hydrure métallique portant à 380 chevaux la puissance totale disponible. Le couple de 580 lb-pi, bien qu'impressionnant, est très en deçà de celui de la Fisker qui bat tous les records avec 959 lb-pi de couple. Cette dernière, rappelons-le, répond comme la Volt de Chevrolet à la définition d'un véhicule électrique à autonomie prolongée.

Deux moteurs électriques lui permettent de franchir environ 80 km dans un silence total avant qu'un petit moteur thermique 4 cylindres turbo de 2 litres et 260 chevaux utilise sa puissance pour faire fonctionner une génératrice qui allongera le parcours à environ 400 km. Quant à la puissance combinée des deux groupes propulseurs, la Karma peut compter sur 403 chevaux au total.  

Si l'on évalue strictement ce qui passe sous le capot, la Fisker a l'avantage d'être rechargeable afin de refaire le plein d'énergie électrique, ce qui nécessite environ 14 heures avec une prise de 120 volts.

La Panamera, par ailleurs, est une simple hybride non rechargeable.

La puissance, les performances et la consommation ne diffèrent pas tellement entre nos deux concurrentes, ce qui nous amènerait à un match nul à ce poste d'évaluation.

Les accélérations de la Porsche sont certes plus vives, mais le plaisir de sentir le couple moteur de la Fisker procure un plaisir non négligeable dans un silence absolu.

Consommation

La consommation de la Panamera est son argument premier et en roulant tranquillement, on arrive à franchir les 100 km avec seulement 6,8 litres de carburant.

L'envers de la médaille est ce manque de progressivité de l'accélérateur qui rend la conduite saccadée par moment, comme si la transmission Tiptronic à 8 rapports n'était pas en parfait synchronisme avec le moteur.

Avec sa transmission à rapport unique, la Fisker s'en tire mieux tout en se rassasiant de 4,5 litres sur un parcours de 100 km. Sur un parcours plus long, ce chiffre augmentera nécessairement puisque la Fisker devra rouler avec l'aide du moteur à essence. Qu'importe, le score à ce chapitre nous donne 8 points pour la Fisker contre 7 pour la Porsche.

S'il fallait distribuer des points à ces deux voitures pour l'apparence, la Panamera, ferait un sérieux plongeon au classement puisque l'unanimité est déjà faite autour de sa nomination parmi les automobiles les plus laides sur le marché. Le contraste avec la Fisker est d'autant plus frappant que celle-ci est considérée comme l'une des plus belles berlines sur le marché.

Comportement routier

Les Porsche sont souvent indétrônables quand il est question de tenue de route, de freinage et de tous les éléments qui font qu'une voiture est agréable à conduire. Dans ce cas-ci, la Panamera S hybride rate sérieusement la cible avec une tenue de cap exécrable qui exige de constantes corrections du volant en ligne droite. On a l'impression que ce sont les irrégularités du revêtement qui guide la voiture dont la conduite devient même dangereuse en circulation urbaine. Ce serait la résultante de pneus mésadaptés que je n'en serais nullement surpris.

En ville, ses dimensions font obstacle à toute forme de maniabilité, une lacune exacerbée par des sièges trop bas (et trop durs) qui accentuent l'effet d'emprisonnement.  

Par ailleurs, la Fisker possède des sièges aussi fermes et n'est pas non plus à citer en exemple pour son agilité en milieu urbain. Mais la visibilité vers l'arrière relève du cauchemar.

En conduite sportive, elle accuse assez de roulis en virage, mais reste rivée au sol, bien campée sur ses pneus de 22 pouces.

Dans l'ensemble, elle file vers l'horizon avec une stabilité rassurante et une douceur de roulement étonnante, même lorsque le moteur à essence est à l'oeuvre.

Sur une autobahn, la Porsche devancerait sa rivale américaine en vitesse de pointe et personne ne saurait nier la puissance de freinage légendaire des modèles de la marque.

Il n'en reste pas moins que cette manche est enlevée par la Fisker qui mérite un 9 contre un 7 très généreux pour l'Allemande.

La vie à bord

Avec son imposant stock de batteries lithium-ion dissimulé dans la console centrale, la Fisker est pénalisée en matière d'espace intérieur. À l'avant, on se sent relativement à l'aise, mais les places arrière sont limitées à deux personnes de taille moyenne ne souffrant pas de claustrophobie et aptes à voyager sans trop de bagages vu la faible capacité du coffre.

La Panamera met ici à profit son hideux postérieur pour loger ses invités avec un meilleur dégagement pour la tête et les jambes.

La Panamera, comme la Karma, sont, à ce prix, des voitures de grand luxe dans lesquelles on retrouve tout ce qui sous-tend cette définition. La Fisker va même jusqu'à simplifier par le toucher d'un bouton l'ouverture des portières et du coffre à gant.

Dans la Porsche, la console centrale est bourrée de commandes diverses (26 en tout) qui exigent une période d'assimilation. L'ergonomie n'est pas parfaite étant donné que plusieurs des instruments sont voilés par le volant.

La finition est sans reproche mais, curieusement, on peut dire la même chose de la Karma qui respecte sa vocation écologique en parant le tableau de bord d'un bois récupéré. Un toit solaire permet aussi de bénéficier d'une centaine de kilomètres par année d'énergie gratuite. Bien sûr, la Porsche ne pousse pas aussi soin son incursion en zone verte.

Ce qui nous amène à gratifier la Panamera de 9 points pour la vie à bord contre 8 pour la Fisker.

Et puis?

Au final, autant la Porsche s'est avérée décevante dans ce face à face, autant une nouvelle venue, sans trop de coordonnées, a été magistrale.

Que Fisker ait réussi à créer une voiture aussi achevée bien avant le reste de l'industrie mondiale de l'automobile n'est pas loin d'un exploit. La seule ombre au tableau est que l'on ne sait rien de son rendement à long terme et que la présence d'un seul concessionnaire dans tout le Québec nous montre bien que l'acquisition d'une Fisker Karma est une sorte de saut périlleux en même temps qu'un engagement envers la cause environnementale.

La Porsche Panamera tente de se mettre au diapason de son époque, mais elle le fait un peu trop timidement et, hélas, maladroitement.

En fin de compte, la Fisker l'emporte 25 à 23.