«On dirait un jet en plein décollage.» C'est là le commentaire de ma passagère à laquelle j'ai fait expérimenter la force d'accélération de la récente Bentley Continental GT Speed Series 51, célèbre coupé deux portes qui a permis à la marque anglo-allemande de rester à flot pendant que le monde entier tournait le dos aux voitures de sport chics et chères.

Jacques Duval
Jacques Duval LA PRESSE

L'acquéreur de ce modèle d'exception a le loisir de le décorer lui-même et d'en personnaliser l'intérieur à sa guise. En plus des riches matériaux déjà offerts au catalogue ou en option, il est possible de choisir des combinaisons particulières qui permettront de faire de la voiture un modèle exclusif. Que ce soit la teinte de la peinture, la couleur des cuirs, le vernis du bois, le type de tapis ou la présence de l'acier brossé, l'acheteur peut laisser libre cours à ses goûts et à sa fantaisie afin de créer une voiture à son image.

51, une date historique

À moins d'être un aficionado de Bentley, la longue désignation de cette série spéciale du coupé Continental ressemble plus à un casse-tête qu'à une description des caractéristiques du modèle. «Speed Series» est la promesse de performances accrues tandis que le numéro 51 marque une date importante dans l'histoire de la firme, puisque c'est en 1951 qu'a été inauguré le centre de design à l'usine de Crowe, en Angleterre. Mais, comme la performance a préséance sur la décoration intérieure dans un essai de voiture de ce type, voyons comment se débrouille ce modèle hors série lorsqu'il est soumis à l'épreuve implacable du chronomètre et aux exigences du plaisir de conduire.

Ouvrons d'abord le capot pour y trouver un gigantesque moteur W12 de 6,0 litres auquel se cramponne une paire de turbocompresseurs qui font bondir la puissance à 600 chevaux et le couple à 553 lb-pi.

C'est cet assemblage jumelé à une transmission automatique percutante qui donne littéralement des ailes à ce rare exemplaire de la Bentley Continental. On éprouve, à son bord, la sensation décrite plus haut par notre passagère, c'est-à-dire une poussée qui voit l'arrière se cabrer pendant que l'avant se soulève légèrement. Cette performance est d'autant plus impressionnante que nous sommes aux commandes d'une voiture qui ne fait pas dans la dentelle avec ses 2320 kg (5115 lb) et sa taille respectable. Même que sur papier, le rapport poids-puissance (3,92 à 1) n'est pas annonciateur d'une telle fougue au décollage. Un chrono de 4,8 secondes entre 0 et 100 km/h est conséquemment tout à fait sensationnel, bien qu'il ne soit pas gratuit en raison de la gloutonnerie de ces 12 cylindres qu'il faut gaver de 19 litres aux 100 km en moyenne. Ce qui signifie que l'on peut faire mieux... ou pire. À 320 km/h, sa vitesse de pointe, j'imagine que l'on serait autour de 50 litres aux 100 km, presque dans le territoire d'une F1.

Photo Jacques Duval, collaboration spéciale

Un compartiment moteur qui ne saurait être mieux meublé avec ce W12 double turbo de 6 litres et 600 chevaux.

Une allemande sous le masque

Cette Continental, qui attend sa remplaçante l'an prochain, épouse une vocation axée sur ce que j'appellerais la haute performance en douceur. Le W12 gargouille joliment et s'avère plutôt discret même quand l'aiguille de l'indicateur de vitesse s'affole dans des zones interdites. Ce moteur, en passant, est d'origine allemande, et il a fait ses débuts dans la funeste Volkswagen Phaeton. On ne serait d'ailleurs pas très loin de la vérité en affirmant que notre Bentley est une Phaeton recyclée puisque VW est désormais propriétaire de la vénérable marque anglaise.

Si le confort demeure la principale considération du coupé Continental, la tenue de route est globalement satisfaisante: elle est certes un peu grossière dans une épingle, mais la voiture, à l'occasion, y va d'un léger décrochage du train arrière qui n'est pas désagréable. Ce survirage, vite rattrapé par le système de stabilité, permet à cette Bentley d'afficher une étiquette sportive, bonifiée par son rouage intégral et ses jantes de 20 pouces. La suspension à air propose quatre niveaux de réglages entre «confort et sport» pour ceux qui voudraient, à l'occasion, jouer les pilotes de F1 en vacances. Les freins, par ailleurs, ont une certaine difficulté à composer avec le poids quand vient le moment de ralentir une telle masse avec célérité.

Photo Jacques Duval, collaboration spéciale

Flamboyantes. Il n'y a vraiment pas d'autres mots pour décrire les lignes de cette Bentley Continental GT Speed Series 51.

Quelques rides néanmoins

Là où la voiture accuse son âge (elle date de 2003), c'est dans l'aménagement intérieur et la complexité de son système de navigation parfaitement dépassé. Sur le plan de l'ergonomie, c'est raté avec tous ces boutons éparpillés au petit bonheur la chance. Quant au GPS, bonne chance et évitez le soleil qui rend son écran complètement illisible. Bref, l'intérieur nous déçoit, surtout par son aménagement et non par sa finition absolument éblouissante et qui fait appel à des matériaux de première qualité. Quel contraste, par exemple, avec les intérieurs encore spartiates de Ferrari. Les sièges, dans la 51, offrent un confort irréprochable rehaussé d'une très bonne position de conduite. Présentée comme un coupé 2"2, la voiture peut accueillir deux adultes consentants de taille moyenne à l'arrière, pourvu qu'ils aient la souplesse pour s'y glisser et s'en sortir sans trop de scènes disgracieuses.

Plus chic qu'une Ferrari, moins austère qu'une allemande et plus élégante que ses rares concurrentes, la Bentley Continental 51 est considérée à tort comme une voiture pour vieux monsieur. Il est certain qu'il faut un certain vécu pour assumer son prix de 237 175$, mais grâce à son moteur exceptionnel et à ses performances époustouflantes, ce coupé Speed Series semble posséder un rare effet de rajeunissement. D'ailleurs, le prochain coupé Continental continuera à lui être fidèle (un V8 sera aussi à l'affiche) tout en conservant ces courbes sublimes qui en ont fait l'une des plus belles voitures du monde.

Photo Jacques Duval, collaboration spéciale

Un intérieur où les couleurs et les matériaux peuvent être personnalisés, d'où le numéro 51 qui rappelle l'année de l'ouverture du premier centre de design de Bentley.