Sur les berges du canal Mittellandkanal, se dresse la plus grande usine automobile du monde: la Volkswagen Wolfsburg Manufakture. Un gigantesque complexe industriel en briques rouges qui s'étale sur une superficie équivalente à Gibraltar et son rocher. Les 60 000 employés qui y travaillent (NDLR: Wolfsburg compte environ 125 000 habitants) pourraient facilement ne jamais traverser le Mittellandkanal après leur quart de travail. Sur cet immense terrain autrefois rattaché au château de Wolfsburg, on trouve une banque, de nombreux restaurants et même une agence de voyage...

Éric LeFrançois, collaboration spéciale
Éric LeFrançois, collaboration spéciale LA PRESSE

Là n'est pas le souhait du constructeur automobile allemand qui, plus que jamais, souhaite revitaliser la ville qui l'a vu naître. Officiellement, le principal motif de ce mécénat est de mieux refléter l'image du groupe qui veut souffler le premier rang mondial à Toyota d'ici à la fin de la présente décennie.

 

Pour ce faire, VW investit dans de nouvelles infrastructures sportives (le stade de soccer, par exemple) et culturelles (théâtre et musées), crée des manifestations et invite des artistes étrangers à venir s'y produire. Officieusement, Volkswagen a intérêt à promouvoir la ville, aux yeux de ses employés, de plus en plus nombreux à la fuir pour son manque d'intérêt.

 

Et pour cause, 40% des appartements de Wolfsburg appartiennent à Volkswagen, qui alimente aussi en électricité toute la ville. «Plusieurs incitatifs économiques sont proposés aux employés qui désirent revenir s'établir à Wolfsburg», précise Andreas Schleef de VW, sans être en mesure de les détailler.

 

Visite guidée

Accolé à cette gigantesque usine, l'Autostadt -ou si vous préférez la Cité de l'automobile-, véritable parc d'attractions consacré bien sûr à la gloire de Volkswagen et ses marques satellites (Audi, Bentley, Bugatti, Lamborghini, Seat, Skoda), mais aussi à l'automobile en général. En effet, dans le pavillon principal, on trouve quelques exemplaires choisis des principaux modèles de marques étrangères ayant marqué l'histoire. Si la sélection des modèles exposés fut loin d'être évidente, le visiteur trouve plusieurs classiques dont le Model T de Ford, la DS de Citroën, la Jaguar E-type et même une Rabbit orange brûlé identique à celle que conduisait mon père dans les années 70. Souvenir, souvenir.

 

Au premier coup d'oeil, l'architecture des différents pavillons peut paraître incohérente sur les lieux. «Au contraire, corrige notre guide Katharina Simon, chaque pavillon reflète la personnalité de la marque.» Il faut le savoir, car il n'y a aucun indice, pas même un logo affiché. «Ici, on ne vend pas des voitures, mais des valeurs», ajoute-t-elle d'un ton convaincu.

 

On s'amuse de constater l'absence de Porsche, nouvelle entité du groupe, mais notre guide préfère esquiver la question. «Ici, on ne trouve que les marques placées sous le plein contrôle de Volkswagen. Et Porsche ne l'est pas.» C'est vrai, pas encore. Dans l'attente de la mise en chantier de ce futur pavillon Porsche sur ce terrain, certains produits, tous anciens, de la marque de Stuttgart (fief de Porsche) figurent parmi les vedettes mécaniques de cette exposition automobile permanente.

 

Outre cet étalage de produits anciens et nouveaux, l'Autostadt a également pour fonction d'accueillir les clients venus ici chercher leur Volkswagen ou leur Seat toute neuve. Pour réaliser des économies? «Pas vraiment puisque le coût d'une journée en famille à l'Autostadt équivaut presque aux frais de livraison facturés par le concessionnaire, explique Mme Simon. Depuis son ouverture, le 1er juin 2000, plus de 1,5 million de nouveaux véhicules ont rencontré leurs propriétaires à l'Autostadt.»

 

Parmi les 6000 visiteurs accueillis chaque jour à l'Autostadt, plusieurs vont dessiner des voitures pour le plaisir, assister à des ateliers mécaniques (comment ça fonctionne, l'ABS?), découvrir les dernières recherches pour minimiser l'impact de l'automobile sur l'environnement ou en profitent pour y décrocher un permis de conduire... En effet, pour les enfants, une «école de conduite» initie, sur quelques centaines de mètres, les futurs conducteurs aux règles essentielles du Code de la route. Génial.

 

Les grands ne sont pas laissés pour compte et tout nouvel acheteur d'un Touareg ou d'un Tiguan peut s'initier à la conduite en tout-terrain sur une piste spécialement aménagée à cet effet. Et comme à Disney, il est possible de réserver une chambre 5 étoiles sur les lieux avec vue imprenable sur l'usine...