L'âge légal de consommation d'alcool a bel et bien un effet important sur le bilan routier, affirme un ingénieur américain. Son étude est la seule jusqu'à maintenant à avoir tenu compte de facteurs qui faussent les analyses comme la démographie et l'urbanisation.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault LA PRESSE

«Je pense que la preuve est faite: si on veut diminuer le nombre de morts sur les routes, on peut augmenter l'âge d'accès à l'alcool», explique James Fell, directeur adjoint de l'Institut pacifique de recherche et d'évaluation au Maryland, auteur principal de l'étude parue dans la revue Accident Analysis and Prevention. «Ce n'est pas la seule manière, mais c'est une manière efficace.»

Augmenter l'âge légal de 18 à 21 ans permet de diminuer de 11% la proportion des jeunes de moins de 21 ans qui meurent sur la route dans un accident causé par l'alcool. Mieux encore, suspendre le permis de conduire des jeunes qui tentent illégalement d'acheter de l'alcool fait chuter de 22% ce chiffre.

Qu'en est-il des autres mesures visant l'alcool et les jeunes, comme la tolérance zéro pour les conducteurs ayant moins d'un an d'expérience? «C'est potentiellement aussi efficace», dit M. Fell, qui fait partie du conseil d'administration du groupe de pression Mères contre l'alcool au volant (MADD). «Mais il faudrait faire une étude pour le montrer, peut-être en comparant le Canada et les États-Unis.» L'ingénieur américain note qu'il pourrait y avoir d'autres facteurs en jeu, comme la culture familiale, par exemple si les jeunes sont initiés à la consommation d'alcool aux repas avec leurs parents.

Des critiques ont noté que des avancées tout aussi importantes sont survenues après la grande offensive contre l'achat d'alcool par les jeunes, au début des années 80 et à la fin des années 90. Le bilan routier des 16-17 ans a ainsi diminué de moitié depuis 10 ans.

«Une limite d'alcoolémie à 0,08 a un effet quatre fois plus important que l'interdiction de boire de l'alcool avant 21 ans», note pour sa part John McCardell, historien et ancien recteur qui dirige Choose Responsibility, un organisme américain qui milite pour l'abaissement de l'âge légal aux États-Unis. M. Fell rétorque que son échantillon d'États ayant relevé l'alcoolémie légale à 0,08 était trop faible pour être significatif.

Une comparaison entre le Québec et l'Ontario permet d'ajouter un volet canadien à la controverse. Au Québec, les conducteurs de 16 à 19 ans risquent quatre fois plus de mourir dans un accident de la route qu'en Ontario. Si on prend seulement les accidents liés à l'alcool, les conducteurs adolescents risquent trois fois plus de mourir qu'en Ontario.

Comme les Québécois sont beaucoup plus tolérants que les Ontariens quant à l'âge auquel les jeunes peuvent consommer de l'alcool, les Québécois commencent à boire deux ou trois ans avant les autres Canadiens. Mais d'un autre côté, les jeunes Ontariens ne peuvent pas conduire la nuit ni sur les autoroutes, et ils doivent être accompagnés par un conducteur ayant au moins quatre ans d'expérience dont l'alcoolémie ne dépasse pas 0,05. Ces restrictions n'existent pas au Québec, où le copilote n'a besoin que de deux ans d'expérience.