Attendez-vous à l'imprévu quand vous possédez une DeLorean, la voiture sport transformée en machine à voyager dans le temps pour les films Retour vers le futur.

Richard S. Chang NEW YORK TIMES

La voiture est devenue une légende. Son créateur, John Z. DeLorean, copinait avec les mannequins et les starlettes de Hollywood. Il avait été arrêté dans un guet-apens du FBI en possession de 55 livres de cocaïne. Selon les autorités, il avait l'intention de vendre la drogue pour renflouer son entreprise chancelante. Malgré un acquittement, le procès a fait de son nom et de sa voiture des emblèmes irrésistibles de la culture pop.

«Avoir une DeLorean, c'est comme être une vedette rock à 5%», déclare Lauren J. Reilly, productrice pétillante à l'agence de publicité Deutsch et propriétaire d'une DeLorean DMC 1981 - le seul modèle construit par DeLorean (et seulement durant deux ans).

En ce dimanche plus chaud qu'à l'habitude, Mme Reilly conduit sa DeLorean au centre-ville de Manhattan. C'est là qu'elle demeure et qu'elle gare sa voiture. Des touristes s'agglutinent à tous les coins de rue pour jeter un regard respectueux en direction de la DeLorean. Devant Radio City Music Hall, un grand monsieur vêtu d'un manteau de pluie noir l'observe du coin de l'oeil en marchant. À Times Square, des adolescents montrent la voiture du doigt en rigolant.

Mme Reilly semble déçue. Habituellement, dit-elle, les passants mitraillent la voiture avec leurs appareils photo. Pas aujourd'hui. Elle devra se contenter des coups d'oeil et des saluts.

«Une fois, dit-elle, quand j'étais à Philadelphie, j'entends le haut-parleur d'une voiture de police qui m'ordonne d'arrêter la voiture.» Avant même de lui dire ce qu'il a à lui reprocher, un policier lance une des citations célèbres du film: «Deux virgule vingt et un gigawatts!» (Elle entend aussi beaucoup de «88 milles à l'heure!»). Les policiers ont surveillé la DeLorean pendant que Lauren Reilly et son ami commandaient des steaks au fromage. «C'était phénoménal!»

Considérée comme une voiture exotique - sa carrosserie est enveloppée d'acier inoxydable sans peinture, un peu comme un évier de cuisine - la DeLorean est peu performante. Son moteur V6 de 2,8 litres mis au point par Peugeot, Renault et Volvo (appelé PRV6) n'aurait jamais pu rivaliser avec une Ferrari. Elle accélère de zéro à 96 km/h en 8,8 secondes. La Mazda RX-7 fait mieux. La trilogie de Retour vers le futur a nettement exagéré ses performances.

Amateur de design, Mme Reilly a commencé sa quête d'une DeLorean il y a six ans - elle voulait s'en offrir une en cadeau d'anniversaire. Elle a consacré une année entière à étudier les caractéristiques, excentriques ou pas, de la DeLorean. Elle a passé une seconde année à rechercher la voiture idéale - intérieur noir, accès extérieur au réservoir à essence (sous le capot dans les derniers modèles), transmission automatique optionnelle - avant de fixer son choix. Elle a finalement fait l'acquisition de sa DeLorean sur eBay pour 13 000$ en 2004. Depuis l'achat, sa vie est émaillée de petites aventures.

«La première fois que je l'ai sortie, le moteur a calé près de Bryant Park, raconte-t-elle. Tout le monde croyait qu'il s'agissait d'une démonstration intentionnelle.» Mme Reilly a aussi conduit sa DeLorean dans un défilé d'Halloween à Greenwich Village, elle l'a prêtée pour des fêtes des années 80 et l'a emmenée à ses retrouvailles d'école secondaire.

Derrière le volant, Mme Reilly bouge constamment. En s'approchant des intersections, elle se penche vers l'avant pour scruter les rues transversales. Elle recule pour jeter des coups d'oeil dans le rétroviseur. Ses yeux reflètent en alternance la concentration et l'inquiétude.

Conduire une DeLorean est une activité physique. «Il n'y a pas de servodirection, précise-t-elle. Les pédales sont rigides. La première fois que je l'ai ramenée à la maison, je me suis demandé dans quoi je m'étais embarquée.»

Arrêtée à un feu rouge sur la 10e Avenue, elle supplie le moteur de ne pas caler. Cette fois, tout va bien.

«Je m'accorde bien avec cette voiture, dit-elle. Vous devez l'écouter. Vous devez la ressentir. Tout peut se briser.»

Un pneu a déjà éclaté alors qu'elle roulait dans la voie de dépassement sur l'autoroute à péage New Jersey Turnpike. «La jante a heurté le pavé et a lancé une pluie d'étincelles, se souvient-elle. J'ai piqué une crise. Je pensais qu'il y avait un incendie à cause des étincelles et de la fumée. J'ai glissé vers le milieu de la route. Dieu merci, je n'ai pas été blessée.»

«Maintenant je n'écoute plus de musique, ajoute-t-elle. Je reste attentive. J'écoute toujours au cas où un problème de moteur surviendrait.» De toute façon, même si elle voulait faire jouer la stéréo, la DeLorean n'a qu'une platine à cassettes avec inversion automatique. «C'était très futuriste pour 1981», dit-elle.

Contrairement aux propriétaires qui ont modernisé la chaîne stéréo ou ajouté de la puissance au moteur, Mme Reilly recherche l'authenticité. Certains ont même transformé leur voiture en réplique de la machine à voyager dans le temps du film, y compris le convecteur temporel et le réacteur Mr. Fusion pour voitures. «Il y en a qui sont des fanatiques du film», commente-t-elle.

Les propriétaires typiques de DeLorean sont des mâles, dans la trentaine, qui «aiment les petits détails». «Si vous n'aimez pas parler au monde ou n'aimez pas l'attention, n'achetez pas cette voiture, conclut Mme Reilly. Parce que vous serez abordé par des gens avec des questions et des blagues stupides.»