Au Canada, l'initiative n'est tout simplement pas au menu de McDonald's.

François Cardinal
François Cardinal

Au Canada, l'initiative n'est tout simplement pas au menu de McDonald's.

L'antenne anglaise de la célèbre multinationale a amorcé la semaine dernière la transformation de son parc de 155 camions pour que ceux-ci roulent entièrement au biodiesel dès l'an prochain. L'huile à cuisson des quelque 1000 restaurants du pays sera ainsi transformée, après utilisation habituelle, en carburant de remplacement.

Bien que le geste semble tomber sous le sens, il étonne par son audace. McDonald's a en effet choisi d'utiliser du biodiesel fait à 100% d'huile (B100), plutôt qu'un mélange habituel de biodiesel et de pétrodiesel. Elle tourne ainsi le dos aux carburants fossiles, non renouvelables.

La Ville de Montréal, à titre comparatif, utilisera désormais du biodiesel B5 pour alimenter son parc de véhicules, soit un carburant fait à 95% de pétrodiesel et à seulement 5% de biodiesel.

Cela dit, le nouveau carburant utilisé par McDo U.K. sera constitué à 85% d'huile de cuisson et à 15% d'huile de canola. Graduellement, l'entreprise entend laisser tomber cette dernière et se fier uniquement à ses huiles de cuisson.

D'une façon ou de l'autre, la chaîne de restauration rapide fait d'une pierre deux coups. Elle s'assure d'abord de recycler toutes ses huiles de friture, puis elle réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 1675 tonnes annuellement, ce qui équivaut à retirer 2424 automobiles de la route.

Il faut savoir que le biodiesel est considérablement moins polluant que son pendant pétrolier. Et plus il est pur, plus les gains environnementaux sont importants. Le B100 permet ainsi une réduction du cycle de vie des émissions de CO2 de 73%, en plus de faire diminuer les rejets de monoxyde de carbone de 48% et ceux de méthane de 51%. Seul hic: il produit 10% plus d'oxydes d'azote que le diesel.

Dernier avantage de l'initiative de McDo: l'entreprise évite la controverse en utilisant presque exclusivement ses propres huiles de friture. Car le biodiesel et l'éthanol ne font pas l'unanimité chez les écolos, lesquels n'auraient certainement pas manqué la chance de critiquer une fois de plus cette multinationale.

S'appuyant sur des études scientifiques, les environnementalistes font valoir le danger que représentent les biocarburants, malgré leurs indéniables avantages. On estime que leur production nécessite plus d'énergie qu'elle permet d'en épargner. Mais surtout, on déplore l'utilisation d'importantes surfaces cultivables pour produire du carburant, ce qui favorise la déforestation et fait concurrence à l'alimentation.

Les Restaurants McDonald du Canada, pour leur part, n'ont pas l'intention d'emboîter le pas. Interrogée par La Presse, la porte-parole de l'entreprise s'est contentée d'envoyer un courriel laconique où l'on vante le bilan environnemental de l'entreprise.

On ajoute, sans plus de précisions: «À l'heure actuelle, notre huile de cuisson au Canada est déjà recyclée pour une variété d'utilisations industrielles (lubrifiants et nourritures pour les animaux), dont une partie servant au biodiesel. Nous continuerons à évaluer les occasions qui se présentent dans ce secteur.»

Carburant non toxique, biodégradable et renouvelable, le biodiesel gagne en popularité dans le monde depuis 1991, année où l'Allemagne a décidé de lancer sa production. Dans ce pays, d'ailleurs, plusieurs sociétés de transports ont transformé leurs parcs d'autobus afin qu'ils roulent entièrement au biodiesel. À Montréal, la Société de transport (STM) a annoncé en mars dernier qu'elle alimentera ses 1600 autobus au biodiesel B5 à compter de 2008.

Il s'agit en quelque sorte d'un ironique retour en arrière puisque, en 1912, le célèbre Rudolf Diesel avait conçu son moteur pour qu'il fonctionne avec de l'huile d'arachide.