Le groupe de Stuttgart a annoncé lundi avoir exercé une option d'achat portant sur 3,6% du capital du constructeur automobile Volkswagen (VW). Le transfert des actions sera effectif mercredi.

Isabelle Le Page

Le groupe de Stuttgart a annoncé lundi avoir exercé une option d'achat portant sur 3,6% du capital du constructeur automobile Volkswagen (VW). Le transfert des actions sera effectif mercredi.

Le franchissement de la barre des 30% va le contraindre à lancer une offre de rachat obligatoire sur le numéro un européen de l'automobile. Il dispose de quatre semaines.

Le groupe prévoit toujours d'offrir le prix minimum autorisé de 100,92 euros par action, a précisé un porte-parole, comme annoncé samedi. Ce prix est très inférieur au cours actuel (114,10 euros lundi début d’après-midi, en Allemagne) et a peu de chance de séduire les actionnaires, mais ce n'est pas le but recherché par Porsche, qui a dit ne pas viser un rachat complet de son cousin de Wolfsburg (Nord), pour le moment.

La manoeuvre est «élégante», estime Robert Herberger, analyste chez Merck Finck. «Le message de Porsche est le suivant: oui, nous prévoyons d'augmenter notre participation et notre influence sur Volkswagen, mais pas à n'importe quel prix», ajoute-t-il.

Quand l'offre aura échoué comme prévu, Porsche pourra continuer à faire grimper progressivement sa participation jusqu'à 50%, nouveau seuil à partir duquel il est obligé de publier le montant de sa part.

Pour tous les observateurs, il ne fait guère de doute que le constructeur de la célèbre 911 veut s'emparer du fabricant de la Golf. Ce qui au premier abord peut sembler surprenant. Porsche, dont les ventes mondiales ont atteint quelque 96 800 unités en 2005/06, opère dans une niche, les bolides de sport.

Groupe automobile le plus rentable au monde, il a dégagé un bénéfice net de 1,39 milliard d'euros. Volkswagen a empoché 2,75 milliards en 2006, mais avec des ventes de quelque 5,7 millions de voitures.

«Si un hedge fonds (fonds d'investissement spéculatif) démantèle VW (...) nous pourrions perdre notre partenaire le plus important,» a justifié le président du directoire de Porsche Wendelin Wiedeking dans une interview au quotidien Bild de lundi. Les deux groupes ont notamment développé en commun les tout-terrain Touareg et Cayenne.

Le temps presse, car la loi Volkswagen, qui empêche à tout actionnaire de détenir plus de 20% des droits de vote du groupe quelle que soit la hauteur de sa participation, est appelée à disparaître prochainement à l'initiative de la Commission européenne, qui la juge contraire au droit européen.

Avec Porsche et l'État de Basse-Saxe, deuxième actionnaire qui a affirmé lundi l'intention de garder sa part d'un peu plus de 20%, VW paraît à l'abri. Ulrich Wilhelm, porte-parole du gouvernement, a d'ailleurs salué la montée au capital de Porsche, qui permet de «stabiliser» davantage la structure de l'actionnariat de VW.

Au delà, il s'agit aussi de garantir l'avenir d'un grand groupe automobile allemand d'envergure mondiale. C'est le dessein de Ferdinand Piëch, actuel président du conseil de surveillance de VW dont il a été auparavant président du directoire, mais aussi copropriétaire de Porsche. La lente prise en main de VW par Porsche est considérée comme son oeuvre.

Il travaille aussi à réunir, sous l'égide de VW, les constructeurs de camions allemand MAN et suédois Scania pour en faire un nouveau numéro un en Europe, auquel Volkswagen rajouterait aussi sa division poids-lourds.