Roland de Courson

La Bourse de Tokyo a sévèrement sanctionné lundi le constructeur automobile japonais Nissan Motor qui a admis son incapacité à atteindre son objectif de bénéfice annuel, une première depuis l'arrivée de Carlos Ghosn à la tête du groupe en 1999.

À la clôture, le titre Nissan affichait une dégringolade de 8,35% à 1383 yens (13,60 $ canadiens), sur un marché en repli de 1,15%. Il avait plongé en début de séance jusqu'à 1363 yens (-9,68%).

Nissan a annoncé vendredi une chute de 22,6% de son bénéfice net et de 16,6% de son bénéfice d'exploitation au troisième trimestre 2006-2007, en raison de méventes aux États-Unis et de la flambée des coûts des matières premières.

Il a dans le même temps révisé en très forte baisse sa prévision de bénéfice net pour l'ensemble de l'exercice (avril-mars), ne tablant plus que sur 460 milliards de yens (4,5 milliards $ canadiens) alors qu'il prévoyait au départ 523 milliards de yens, ce qui aurait constitué le huitième profit annuel record d'affilée.

«Je considère que nous sommes aujourd'hui dans une crise de performance et nous devons y remédier le plus vite possible», a déclaré M. Ghosn, annonçant une cure de profonde remise en question pour le groupe.

L'avertissement sur résultat constitue «un nouveau choc Ghosn», après celui (positif) provoqué en 1999 par l'arrivée du Français à la tête du constructeur japonais au bord de la faillite, a jugé Koji Endo, analyste au Crédit Suisse.

M. Endo a abaissé de façon draconienne son objectif de cours (à 1300 yens au lieu de 1600 précédemment) ainsi que sa recommandation (à «sous-pondérer» contre «surpondérer») pour l'action Nissan.

«Même si un ralentissement du bénéfice de Nissan et la possibilité qu'il échoue à atteindre ses objectifs annuels étaient déjà évoqués, l'ampleur de l'avertissement sur résultat a surpris le marché», a-t-il expliqué.

Cet analyste s'attend néanmoins à ce que le titre Nissan se reprenne lorsque M. Ghosn annoncera les mesures décidées pour corriger la situation, comme il a promis vendredi de le faire «dans les prochaines semaines».

Takaki Nakanishi, analyste chez JP Morgan, estime que l'avertissement sur résultat reflète pour Nissan «l'effondrement de ses objectifs trop optimistes», et que le groupe «aura du mal à poursuivre sa croissance continue sans initiatives pour restaurer le caractère compétitif et attrayant de ses produits».

Plus optimiste, Yoshio Watanabe, analyste chez Mizuho Securities, a maintenu son objectif de cours à 1.800 yens.

Il a estimé dans une note à ses clients que même si les mauvais résultats commerciaux de Nissan au Japon et aux États-Unis constituent une source de préoccupation, le groupe «dispose d'un potentiel d'amélioration de ses revenus meilleur que ceux des autres grands constructeurs automobiles».

Malgré les piètres performances du troisième trimestre, la marge d'exploitation de Nissan (7,5%) reste en effet une des plus élevées de l'industrie automobile mondiale.