Charles René
Charles René COLLABORATION SPéCIALE

Les frères Weineck, possiblement en manque de vitesse, ont décidé de concevoir la bagnole la plus puissante à fouler le bitume public. Ces deux hommes se sont basés sur une Shelby Cobra afin d'arriver à leurs fins.

Le résultat est époustouflant : une masse parfaitement distribuée (50 % à l'avant et 50 % à l'arrière) et surtout un rapport poids/puissance de 0,9 kg par cheval! À titre de comparaison, une motocyclette Ducati 1098 (la moto la plus rapide offerte par le constructeur italien) détient un rapport poids/puissance de 1,08 kg/cheval, tandis que celui d'une Ferrari F430 est de 2,95 kg/cheval. Les chiffres sont d'une éloquence ahurissante : 0-200 km/h en 4,9 secondes et 0-300 km/h en 10 secondes! Impressionnant, non?

Objet de rêve de la jeunesse des années 60, la Shelby Cobra originale a su se faufiler à travers les décades tel un anachronisme à la mode. Il y a 44 ans, elle naissait du fruit d'un mariage entre le châssis et la carrosserie de la AC Ace britannique et un groupe motopropulseur états-unien animé par un V8 Ford de 260 pouces cubes produisant environ 335 chevaux. Ce mélange hétéroclite est l'oeuvre d'un pilote de course texan du nom de Carroll Shelby. Dès lors une icône a surgi... et a disparu hâtivement en 1968 avec la dernière Cobra vendue, une version équipée d'un immense V8 de 7 litres (427 pouces cubes et 425 chevaux). À peine 1500 Cobra, tous modèles confondus, ont trouvé preneur entre 1962 et 1968. Sa rareté a fait monter sa valeur.

Puis de petits ateliers gérés par des artisans débrouillards se sont lancés dans la production de répliques. Cette tendance a culminé durant les années 80. Sa beauté intemporelle y est certainement pour quelque chose. Encore aujourd'hui, cette auto est extrêmement populaire auprès des reproducteurs, dont les plus audacieux sont les frères Claus et Jen Weineck.

L'entreprise qu'ils dirigent et qui porte leur nom construit des fac-similés de ce classique. Établie à Bad Gandersheim, petit village situé à 84 kilomètres au sud de Hanovre, en Allemagne, elle se concentre depuis 1977 sur la genèse et l'assemblage de moteurs de haute performance, destinés tant à ce qui flotte qu'à ce qui roule.

Cependant, les deux acolytes ne se sont pas limités qu'à de vulgaires répliques. Ils ont voulu redéfinir la Cobra. C'est alors qu'un véhicule a jailli des ateliers de la petite firme européenne : la Weineck Cobra 780 po3 édition limitée. Trouvant le V8 de 7 litres un peu faiblard, les ingénieurs de Weineck ont conçu un nouveau moteur de A à Z : un V8 titanesque de 12,8 litres! C'est plus de deux fois la cylindrée du huit cylindres qui équipe la Chevrolet Corvette C6 2007! Une puissance de 1100 chevaux est extirpée de l'antre du monstre et son couple herculéen atteint la barre de 1298 livres/pied! Une boîte de vitesses, étrangement à quatre rapports, coordonne le travail du moteur et celui du différentiel arrière à glissement limité.

Afin de recevoir les contrecoups d'une telle puissance et d'abaisser le poids du véhicule, le châssis tubulaire est fait, en grande partie, de titane et d'aluminium. Il est soudé à l'aide d'un procédé appelé MIG (soudage à l'électrode métallique sous gaz inerte). Toujours dans l'intention d'afficher une minceur athlétique, la carrosserie de ce coupé est constituée d'un matériau composite très léger et résistant, même à de hautes températures.

Pour les intéressés, il vous faudra patienter de six à huit mois et débourser la modeste somme de 545 000 euros (831 000 $) afin de pouvoir mettre la main sur ce serpent sauvage limité à 15 unités. Malgré ce prix astronomique, la Cobra ne dispose d'aucun dispositif d'aide à la conduite (freins antiblocage, système de contrôle de la stabilité, etc. ), ni même de radio et encore moins de fenêtres à ouverture électrique. Stefan Goldschmidt, directeur général de Weineck, nous a confirmé qu'il y a présentement six Cobra 780 po3. disponibles.

Pour ce qui est l'admissibilité sur les routes du Québec, M. Goldschmidt affirme que la voiture est de classification ancienne, malgré une conception moderne, ce qui implique que les règlements qui la régissent datent des années 60. Néanmoins, cette information n'a pu être confirmée par Transports Canada. Toujours selon l'homme d'affaires, l'importation pourrait se faire par l'entremise d'un importateur canadien.

Nous pouvons donc ajouter, sans retenue, la marque Weineck à la liste du club sélect des manufacturiers de supervoitures. Ils sont fous ces Allemands!